DES INSECTES MILITAIRES ACTIFS

23 novembre 2017

I - comme INSECTES

 insecteQuelques insectes ont retenu l’attention de l’homme pour leur capacité à nuire à autrui et sont devenus ses auxiliaires dans ses batailles, sièges, abordages, sabotages… Et ce depuis les origines, jusqu’à être supplantés par les charges et les munitions modernes. L’attaque et la défense directes, l’inoculation de maladies, la ruine des récoltes, sont les principales applications historiques de l’entomologie à la conduite de la guerre. Leurs inconvénients l’emportant finalement sur leurs avantages, on en a abandonné l’usage. Mais il y a des promesses d’emplois dans la détection et pour les insectes télécommandés… 

Déjà, l’homme des cavernes s’est allié aux Hyménoptères eu-sociaux munis d’un aiguillon, récoltés de nuit, dans le but de nettoyer lesdites cavernes d’occupants indésirables ou de se défendre contre qui convoitait leur logement. La manipulation de ces auxiliaires était facilitée par la fumée, dont les propriétés calmantes ont été découvertes au dé- but du Néolithique. Depuis la plus haute Antiquité, divers peuples au Moyen-Orient et autour de la Méditerranée ont usé de « bombes entomologiques » : des paniers ou des poteries rem plies d’insectes piqueurs ou colonisés par des abeilles et lancés sur les ennemis. Ainsi Septime Sévère, empereur romain du IIe siècle, a-t-il levé au bout de 20 jours le siège d’Hatra (en Mésopotamie), vaincu par les piqûres horriblement douloureuses d’« insectes » lancés par les défenseurs sur ses soldats, des scorpions, des guêpes ou des réduves selon les commentateurs. Au Ier siècle, Mithridate, roi du Pont, a mis en échec ses assiégeants en lâchant des abeilles dans les tunnels que ceux-ci avaient creusés. Le procédé sera repris plus tard, entre autres lors du siège de Chester (Angleterre) en 908. Les Romains ont beaucoup utilisé les ruches comme projectiles de leurs catapultes, si bien qu’à la fin de leur empire, le cheptel apicole avait fortement diminué. En Europe, plusieurs batailles, au Moyen Âge, ont vu la technique se perpétuer et se perfectionner, jusqu’à l’invention d’un lanceur rotatif de ruches en paille au XIVe siècle. 200 ans plus tard, une grande galère fut prise par un petit bateau grâce à des ruches envoyées sur ses rameurs. La dernière mention de l’emploi de cette arme date de la guerre du Vietnam, avec Apis dorsata comme auxiliaire et les Américains comme cible. 

Dans le Nouveau Monde aussi On raconte que les Quichés (apparentés aux Mayas) ont repoussé des assiégeants grâce à des guêpes et des taons (notamment). Les insectes piqueurs étaient enfermés dans la tête de mannequins habillés en combattants postés sur les murailles. Les assaillants s’empressèrent de les décapiter puis… se sauvèrent en courant. 

INSECTES MILITAIRES VECTEURS

Introduire une maladie mortelle ou débilitante chez l’ennemi fut pratiqué bien avant qu’on connût son mode de transmission et l’identité de l’insecte vecteur. Les historiens de l’Antiquité gréco-romaine rapportent l’usage de la peste bubonique, transmise par des vêtements infectés (de puces, en fait), et du paludisme par déplacement des troupes ennemies dans des lieux marécageux (infestés par des moustiques). La peste noire, qui fit des ravages en Europe au XIVe siècle aurait eu comme origine le siège de Caffa (Théodosie, en Crimée) durant lequel les Mongols ont jeté des cadavres de pestiférés (avec leurs puces) sur les Génois (et leurs rats). Napoléon et surtout ses troupes payèrent un lourd tribut aux insectes, de la Syrie (puces / peste) à la Russie (poux / typhus) mais sans manipulation de la part de ses ennemis et sans avoir mesuré le rôle des vecteurs. 

gendarme

Bien au fait que les épidémies font plus de dégâts dans les armées que les armes, connaissant désormais les mécanismes de la transmission par les insectes, les états-majors durant la Ière Guerre mondiale font adopter des mesures de désinsectisation et d’hygiène rigoureuses. La Seconde Guerre mondiale entraîne le développement de méthodes de lutte enfin  efficaces : les insecticides organochlorés dont le DDT, le DEET (répulsif), la bombe insecticide. Elle voit aussi le développement d’armes biologiques. Dès les années 1930, les Japonais avaient fait des essais sur des prisonniers. En 1939, l’unité 731 (à Pingfan, Mandchoukouo) se consacre, entre autres atrocités, à la mise au point d’agents inoculables à l’ennemi, figuré pour les essais par les prisonniers ; il apparaît rapidement que les insectes sont indispensables. Une bombe « Yagi » (ou « Uji », en céramique) disperse 10 litres de charge – des puces dont il s’agit de produire 500 millions d’individus par an. À l’automne 1940, des puces porteuses du bacille de la peste sont dispersées directement par les avions sur Quzhou, causant 50 000 morts, dont beaucoup après la fin de la guerre. Il y aura d’autres « applications ». 

En 1942, à Baoshan, les bombes Yagi sont chargées de bacilles du choléra et de mouches Musca domestica : 60 000 victimes. Tout à la fin du conflit, l’objectif est de produire 5 milliards de puces infestées sur des prisonniers chinois. Plusieurs cibles, dont San Diego (Californie), sont désignées mais jamais atteintes pour diverses raisons. Les « entomologistes » de l’unité 731, responsables de 400 000 morts au bas mot, échangeront leurs compétences contre leur impunité avec les Américains. 

Du côté des Alliés, il y a aussi des programmes de recherche (discrets) où l’on aboutit de même à considérer que seuls les pathogènes transportés ou inoculés par des insectes sont intéressants. Pour véhiculer la bactérie du charbon, on retint la Mouche du vinaigre (Drosophila melanogaster). 

INSECTES MILITAIRES MODERNES

AbeilleLes insectes, comme les autres armes biologiques en principe, ne font plus partie de la panoplie des militaires : peu efficaces, dangereux, mal maîtrisables… Aucun insecte ne sera donc désormais enrôlé ? Les armées ont besoin de spécialistes, car la guerre, c’est aussi le déminage, la détection des armes chimiques, le renseignement, les assassinats ciblés… Les insectes sont mis à contribution – à titre quasi-expérimental actuellement – grâce à leurs capacités d’apprentissage pour « sentir » des produits dangereux. Des abeilles (encore elles) dressées à détecter des explosifs assistent les démineurs, concurrencées par Microplitis croceipes (Hym. Braconidé) . Pour tirer les vers du nez à un prisonnier à Guantanamo, on a utilisé une chenille, même pas urticante, exploitant l’entomophobie du susdit. 

L’avenir des insectes dans la fonction militaire, selon leurs promoteurs, est à des chimères, en partie papillon (ou scarabée), en partie dispositif électronique. Ce dernier, greffé à l’état nymphal, « colle » à la chair de l’insecte ce qui garantit la transmission des impulsions électriques générées. Leur intérêt est dans leur obéissance à l’opérateur humain qui les pilote à distance ou au logiciel qui organise leur déploiement. Nous avons créé pour eux l’ordre des Zombiptères. Leurs missions seront évidemment humanitaires, pour repérer les gens coincés sous des éboulis. Mais les militaires (états-uniens) qui financent les travaux ne s’interdiront pas de leur confier des tâches d’espionnage, voire de leur faire porter quelque-chose comme un taser ou une seringue. Ils pourront (les travaux avancent) produire l’électricité nécessaire par le mouvement de leurs ailes ou à partir du tréhalose de leur hémolymphe. Ils ne voleront pas par temps froid, à moins de les munir d’un radiateur… Leurs concurrents sont les aéronefs miniatures à ailes battantes, hors sujet, bien qu’inspirés de plus en plus par les libellules. 

Extrait du magazine INSECTES  n°165 – 2012 

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À propos de francesca7

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