Les fleurs et les émotions humaines

18 novembre 2017

B - comme BOUQUET FLORAL

 

Offrir des fleurs reste un geste important socialement, qu’il soit dans une optique romantique, de séduction, ou plus conventionnelle (remerciement). Car les fleurs engendrent chez les hommes et femmes des émotions directes et franches.

 émotion

Chez l’Homme de Néandertal, des traces de pollen de fleurs présentes dans les tombes ont apporté la preuve que des fleurs accompagnaient les défunts. Aussi, les chercheurs pensent que les fleurs, en raison de leurs variétés de formes, de couleurs et d’odeurs, auraient été perçues comme ayant une propriété de traduction des différentes émotions que ressent l’Homme comme la joie, la tristesse, l’amour et, pour cette raison, auraient été cultivées et utilisées pour traduire ces émotions ou accompagner des événements émotionnels de notre existence. 

Des recherches récentes semblent d’ailleurs montrer que les fleurs ont bien cette propriété d’activation immédiate d’émotions. 

Haviland-Jones et ses collaborateurs (2005) ont sollicité des femmes afin de participer à une enquête qui nécessitait qu’on les appelle deux fois à quelques jours d’intervalle. Pour les remercier, on leur disait qu’elles recevraient un cadeau à domicile mais on ne précisait pas quoi ni quand. Le lendemain de l’acceptation, les personnes étaient sollicitées pour la première phase de l’enquête, où une mesure des émotions primaires était réalisée (« Ce que je vis au quotidien je  le juge agréable/désagréable en moyenne ») ainsi qu’une mesure de la satisfaction dans la vie (« J’ai le sentiment d’avoir fait les choses que je jugeais les plus importantes pour moi »). 

 Offrir des fleurs

Offrir des fleurs, c’est provoquer de la joie. © Detsugu / Flickr – CC by-nc-sa 2.0 

Dix jours, plus tard ces personnes recevaient à leur domicile un paquet pour les remercier de leur participation. Ce paquet contenait soit un bouquet de fleurs soit une corbeille de fruits et des bonbons. Les livreurs, qui n’étaient pas au courant de ce que contenait la boîte, devaient évaluer l’expression faciale de la personne. Pour ce faire, ils avaient reçu une formation au repérage des muscles du visage impliqués dans l’expression émotionnelle manifestée par une personne. Enfin, 4 jours plus tard, les personnes étaient à nouveau contactées afin de répondre à des échelles similaires à celles utilisées lors de la première phase. 

En ce qui concerne l’expression du visage, les résultats montrent que, pour les deux présents offerts, les personnes ont exprimé de la joie. Toutefois, le taux de sourire dit de Duchenne (sourire associé à l’expression d’une joie sincère qui se différencie des sourires volontaires par la contraction d’un muscle situé autour des yeux : orbicularis oculi), a été plus élevé à réception des fleurs que pour la corbeille de fruits et les bonbons. Les chercheurs ont également observé, entre la première et la seconde phase de mesure par questionnaire, un renforcement des émotions primaires ressenties et de la satisfaction dans la vie, mais seulement auprès des personnes ayant reçu des fleurs. 

On constate donc qu’un présent suscite une humeur positive, et cela était attendu, mais une vraie joie sincère s’observe lorsque vous offrez des fleurs. Pour les chercheurs, les fleurs sont à ce point attachées aux émotions des humains que leur simple présence active automatiquement des expressions particulières. 

Contexte et émotions

Si cette présence des fleurs a un impact, la nature des émotions peut dépendre du contexte. Dans une étude nous avons demandé à des jeunes hommes et à de jeunes filles de faire de l’autostop tout en tenant ou pas dans une main un petit bouquet de fleurs. On mesurait alors le taux d’arrêt des automobilistes hommes ou femmes. 

contexte

Comme on peut le constater, ce n’est pas le bouquet de fleurs seul qui influence le taux d’arrêt encore faut-il qu’il soit tenu par un autostoppeur homme. 

Il est possible que la connotation romantique associée à un homme tenant un bouquet (un homme offre des fleurs par amour, une femme plus par amitié ou convention sociale) ait conduit à cet effet. Il est aussi possible qu’un homme avec un bouquet suscite moins de suspicion ou de crainte. Cela expliquerait pourquoi le taux d’arrêt des femmes automobilistes a augmenté à ce point. La présence des fleurs chez un homme rassurerait les femmes. 

L’effet des fleurs sur nos émotions

On voit immédiatement que les fleurs exercent de puissants effets comportementaux sur les individus hommes et femmes. En outre, ces effets paraissent très rapides à activer puisque les conducteurs de l’expérience sur l’autostop n’avaient guère plus d’une seconde de temps de décision. Cela pourrait expliquer le lien ancien qui unit l’être humain et les fleurs. Les fleurs pourraient peut-être avoir été des composantes naturelles du concept de beauté. Or, l’être humain se distingue des autres espèces par cette capacité à considérer un certain nombre de choses non essentielles à sa survie en raison de leur pouvoir d’activation de sensations et d’émotions positives. Le simple fait d’être exposé aux fleurs pourrait suffire à éveiller ces émotions et sensations, et expliquerait de tels effets comportementaux. 

Productivité et bien-être au travail grâce aux plantes

On dit souvent que les Français ont une excellente productivité au travail. Pourquoi ? Et si la réponse nous venait des plantes que l’on trouve dans notre environnement de travail et qui seraient susceptibles d’affecter le bien-être de l’employé ? Les recherches montrent, en effet, que le management pourrait investir avec profit dans la ressource verte. 

plantes au travail

La productivité au travail améliorée par la présence de plantes

Dans une étude menée par Bringslimark, Pati l, et Harti g (2008) auprès de 385 employés de bureau norvégiens, on a mesuré le degré de contrôle personnel ressenti au travail (une mesure du sentiment d’autonomie laissée au salarié), la perception du support offert par les collègues et la hiérarchie. Le sentiment personnel de productivité était également mesuré, tout comme l’absentéisme et le niveau de stress ressenti. Une mesure du stress physique était faite en demandant à quel point des variables d’environnement de travail (bruit, chaleur, qualité de l’air…) les avaient affectés dans les quatre précédentes semaines. Enfin, des plantes étaient placées sur le lieu de travail (nombre, emplacement…). 

On ne trouvera pas de lien entre plantes et stress. Cependant, la présence des plantes était positivement reliée avec la productivité : l’augmentation de la productivité allait de pair avec l’augmentation du nombre de plantes dans l’environnement de travail. On constatera également que le nombre de plantes présentes était négativement corrélé avec le nombre d’arrêts maladie : « plus de plantes » était donc lié à moins d’arrêts et « moins de plantes » à plus ’arrêts constatés. 

On constate donc que la présence de plantes dans l’univers du poste de travail d’employés de bureau améliore la productivité et diminue les arrêts de travail. On notera que cet effet a été observé tant chez les hommes que chez les femmes. Dans cette étude, on tenait compte de la présence ou non de plantes dans le bureau mais la mesure était simplement corrélationnelle, ce qui rendait difficile la mise en évidence de l’impact des plantes. En effet, on peut penser que s’il y a des plantes dans le bureau, c’est que les personnes les ont apportées ou il s’agit d’une volonté de la direction. Or, ces différences, en soi, peuvent déjà expliquer les effets constatés. Aussi des chercheurs ont tenté une approche véritablement expérimentale de l’effet des plantes dans le cadre du travail. 

Les bénéfices des plantes vertes au travail

Dans une étude menée par Fjeld (2000) dans un service de radiologie d’un hôpital norvégien, un environnement constitué de nombreuses plantes a été volontairement mis en place. Les plantes vertes étaient placées sur les rebords des fenêtres dans les bureaux ou sur le sol et en hauteur sur les meubles dans la salle de diagnostic radiologique. 

Deux périodes d’observation ont été mises en place 3 mois durant le printemps une année et 3 mois pendant la même période une autre année. Durant la première période, on n’a placé aucune plante. Pendant ces deux trimestres d’observation, le personnel, composé d’hommes et de femmes, remplissait un questionnaire d’évaluation de santé  constitué de trois parties : les problèmes neuropsychologiques (fatigue, nausée, migraine…), les problèmes de nature ORL (toux, sensation de gorge sèche ou irritée…) et les problèmes dermatologiques (irritation, assèchement de la peau…). On a ainsi, avec ce même questionnaire de santé, comparé les résultats sur les deux périodes afin d’apprécier les baisses, les augmentations ou les non-changements liés à la présence des plantes. 

On observe une baisse importante de la fréquence de certains symptômes comme la toux avec la présence des plantes tandis que les plantes n’exercent pas d’effet sur la concentration. Pour le chercheur, ces effets pourraient provenir de la capacité des plantes à capter les contaminants de l’air mais, également, à une meilleure régulation de l’humidité de l’air. Or, on sait que ces facteurs sont fortement impliqués dans les problèmes ORL ou dermatologiques. 

Cela pourrait expliquer d’ailleurs pourquoi Bringslimark, Pati l et Harti g (2008) ont observé, dans leur étude, moins de congés maladie chez des employés de bureau possédant des plantes dans leur environnement de travail. On constate donc que la présence des plantes semble avoir des effets bénéfiques sur les petits tracas quotidiens de santé des travailleurs. On notera que ce chercheur a confirmé ces résultats dans une autre étude impliquant, cette fois-ci, uniquement des employés de bureau de l’hôpital et non seulement du personnel soignant. D’autres travaux confirment ces effets sans impliquer la présence de plantes dans l’environnement de travail. Ainsi, voir la nature par la fenêtre peut changer beaucoup de choses. Kaplan et Kaplan (1989) ont montré que des salariés qui pouvaient voir de leur bureau des arbres et des fleurs considéraient leur travail comme moins stressant et plus satisfaisant que des salariés ayant vue sur des constructions urbaines. Ces chercheurs ont également observé que ces salariés avec vue sur la nature présentaient moins de petits tracas de santé et de maux de tête que l’autre groupe. Shin (2007) rapporte également que la vue des arbres de la fenêtre du bureau est associée à plus de satisfaction au travail et moins de stress ressenti, et cela quels que soient l’âge, le sexe ou le type d’emploi occupé. Leather, Pyrgas, Beale et Lawrence (1998) ont également mis en évidence cet « effet fenêtre » et montré que les intentions de quitter un emploi diminuaient lorsqu’on avait vue sur de la verdure, des plantes et des arbres de sa fenêtre de bureau. 

Le bien-être par les plantes

Si votre préoccupation est la productivité et le bien-être physique et mental de vos employés, il conviendrait, plutôt que de mettre la pression, néfaste au final, à la performance, de créer par les plantes un environnement de travail agréable. Il y a de grandes chances, d’ailleurs, que le manager soit perçu plus positivement puisque, dans les travaux de Fjeld (2000), les enquêtes complémentaires auprès des salariés ont montré qu’ils appréciaient plus leur manager lorsque leur bureau possédait des plantes et des fleurs. 

 LIVRE

Extraits du livre, Nicolas Guéguen et Sébastien Meineri dressent un état des lieux, selon différents thèmes, de certains aspects de ce que l’on nomme la psychologie de l’environnement. 

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer les sources et le site : http://quetedesoi.unblog.fr/

 

À propos de francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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