Le jardin de Johan, une ode à la nature sauvage

9 novembre 2017

BIODIVERSITE

 

« Le jardin est la prolongation naturelle d’une conception de la vie. »

Erik Orsena

Jardinets de ville emmurés, vastes pelouses dénu­dées, jardins structurés ou foisonnants, sauvages ou entretenus, jardins de rocaille, jardins potagers, jardins prestigieux ou jardins secrets. Façonnés et modelés au gré des goûts et envies de leurs propriétaires, ces coins de verdure peuvent remplir des fonctions essentiellement ornementales, écolo­giques, alimentaires, conviviales ou de loisir ou jouent parfois ces différents rôles simultanément. Ceux qui n’ont pas la fibre verte s’en servent comme d’un lieu d’entreposage de matériel ou, faute d’entretien, les laissent peu à peu se muer en une brousse impénétrable. 

Ces espaces aménagés de mille façons nous racontent la diversité des rap­ports que nous entretenons avec la nature, la manière dont nous la perce­vons et dont nous nous positionnons vis-à-vis d’elle. Certains, par exemple, n’admettent dans leur parcelle que des plantes soigneusement sélectionnées, d’autres tolèrent plus ou moins la végétation spontanée. Le minéral sous toutes ses formes, pierres gravier, gabions, galet, sera lui aussi plus ou moins présent dans les terrains, tout comme les objets décoratifs et le mobilier extérieur. C’est dire si nos représentations d’un jardin « réussi » sont riches et variées ! 

Afin de mieux comprendre les liens que nous entretenons avec la nature qui nous entoure, je suis allée à la rencontre de trois jardins très différents. La vi­site guidée de ces lieux par leurs propriétaires m’a permis de découvrir toutes les représentations, croyances et intentions qui se cachent derrière ces choix d’aménagement particuliers. 

S’il est question ici de jardiniers, il aurait pu s’agir aussi de trois agriculteurs ou de trois forestiers. En effet, la perception de la nature et la manière dont on interagit avec elle différemment selon que l’on pratique l’agro-écologie, l’agriculture écologique ment intensive ou traditionnelle. De même, la gestion « pro Sylva » témoigne d’un autre rapport avec la biodiversité forestière que la production sylvicole intensive. 

Dans les lignes qui suivent, je vous livre donc ces histoires de jardins qui sont aussi, et surtout, des témoignages de jardiniers. Par jardiniers, j’entends « amateurs de jardin ». Car qu’ils aient la main verte ou préfèrent déléguer le travail à des professionnels du secteur, tous ces propriétaires cultivent un intérêt particulier pour leur coin de verdure.

JARDIN 17 

Quand il est dans son jardin, Johan a le sentiment de faire partie d’un tout. Il redevient ce que nous sommes tous dans notre essence : un élément, un acteur de la nature parmi d’autres. Il se relie aux êtres qui l’entourent, arbres, insectes, fleurs ou champignons et reprend contact avec la terre, la pierre, le vent et l’eau. Un vrai ressourcement dont il ne peut plus se passer aujourd’hui. Quand il jardine, il ne cherche pas à « domestiquer » la nature. Il préfère se fondre en elle, sans prétention, pour mieux l’observer, la comprendre, et ensuite travailler avec elle. 

Le jardin de Johan est un univers singulier, une sorte de chaos structuré, une symphonie de couleurs, de matières, d’ambiances et de formes, un équilibre dynamique au sein duquel chaque plante, chaque pierre, chaque insecte, remplit plusieurs fonctions essentielles. 

En chef d’orchestre sensible et rigoureux, Johan donne le ton, lance le mouvement et laisse la nature faire le reste. Son travail consiste à créer les conditions favo­rables à l’épanouissement des espèces végétales et animales en utilisant toutes les ressources que lui offre la nature : associations de plantes, création de reliefs, de microclimats, de milieux humides, secs ou ensoleillés, aménagements d’abris. 

Homme et nature, jardiniers partenaires

Il lui a fallu plusieurs mois pour concevoir le plan de son nouveau terrain basé sur la collaboration entre tous les individus présents, y compris lui. Ce pré-pro­jet très réfléchi lui a permis de réaliser des aménagements réussis qui assurent à présent une série de fonctions écologiques. La paille, par exemple, tient une place de choix dans son jardin. Étalée au sol et sur ses zones de culture, elle empêche le développement des herbes indésirables, principales concur­rentes des légumes et autres herbes potagères. La paille réfléchit également la lumière du soleil sur les plantes situées aux alentours et nourrit le sol. Elle sert aussi de refuge nocturne aux vers luisants et autres carabes, dévoreurs de limaces. Enfin, sous le paillage se développent quantité de champignons comestibles qui participent également à la décomposition de la matière orga­nique. Pas moins de cinq fonctions assurées par un seul élément végétal ! 

Au milieu du jardin, Johan a creusé un énorme cratère au sein duquel il pra­tique la culture sur buttes. Disposées en spirales, celles-ci sont constituées d’éléments récupérés sur place: bûches, terre et paillage varié (feuilles, com­post ménager, copeaux, etc.). Une mosaïque de plantes s’y développe, selon la technique du « compagnonnage » : cultivées ensemble, certaines espèces s’apportent mutuellement des effets bénéfiques et améliorent la productivité du potager. C’est le cas des « trois soeurs »1 que sont le maïs, le haricot et la courge. La première joue le rôle de tuteur, la deuxième fertilise le sol et la dernière le protège et l’humidifie. Quelques déchets du compost ménager viennent compléter ces savants mélanges afin d’amender le sol naturellement. 

Deux mares bordées de grosses pierres côtoient les curieux monticules. Des plantes épuratrices s’y baignent joyeusement tandis que les abords ac­cueillent des espèces aromatiques et/ou décoratives. Tandis que les plantes épuratrices se chargent de nettoyer l’eau, les fonds des deux mares, tapis­sés de sable, servent d’abri aux batraciens. Durant l’été, l’une de ces zones aquatiques se transforme en piscine écologique pour les enfants. Tout autour du bassin, Johan a pris soin de planter une série de plantes aromatiques et comestibles qui font le bonheur des petits. 

Il découle de ces aménagements un enchaînement d’effets en cascade fa­vorables aux espèces végétales des alentours : le cratère piège la chaleur emmagasinée par le biais de pierres sombres. La haie et les buttes limitent l’entrée des vents froids à l’intérieur du cratère tandis que les pierres claires et l’eau offrent une plus grande luminosité grâce à leur pouvoir réflecteur. Les quelques degrés ainsi gagnés font la différence durant les premières heures du printemps. L’effet de ce microclimat est direct sur les aubergines et poi­vrons plantés là : ils se portent à merveille ! 

Sauvage et beau à la fois

Au départ, Johan n’accordait que peu d’importance à la dimension esthé­tique de ses aménagements : buttes de culture, mares, champignonnières, sentiers, toutes ces composantes avaient avant tout une vocation « fonction­nelle ». La beauté, il la voyait surtout dans le côté sauvage de son jardin. Mais il réalisa bien vite que cet aspect spontané, voire désordonné, risquait de rebuter certains visiteurs. Or il souhaitait rendre le lieu accueillant, rassurant et accessible à tous. Il s’amusa alors à créer des effets décoratifs avec les matériaux qu’il avait à sa disposition.  

jardin de johan

En jouant sur les formes, les reliefs, les matériaux et les couleurs de son jar­din, Johan a fait de ce lieu une véritable composition artistique. Les buttes de culture disposées en spirales créent une ambiance mystérieuse et invitent au calme et au silence. Les mares encerclées de pierres et parsemées de végétaux prennent des airs de jardin japonais, tandis que le paillage, d’un jaune doré, souligne le tracé du sentier qui serpente dans ce décor atypique. De quoi séduire les personnes plus réticentes… Car le jardin de Johan se dévoile au fil de la balade et réserve bien des surprises au visiteur : ici une champignonnière tapie sous le feuillage, là-bas un portillon fait de branches et de cordes, plus loin un épouvantail de fortune et, tout au fond, une cabane d’enfants couverte de paille. Autant d’éléments qui apportent à l’ensemble un brin de fantaisie, de gaîté, de poésie.

Durant la belle saison, le jardin est une explosion de couleurs, de végétaux, d’insectes et d’oiseaux. Et l’on a du mal à distinguer l’organisation complexe qui se cache derrière cette nature luxuriante. Lors des mois d’automne-hiver, le jardin révèle à nouveau clairement sa structure de base, ses formes et son architecture. À chaque saison son charme, dans l’univers de Johan…

Le jardin comme ancrage d’une autre vision du monde

Aujourd’hui, le jardin est devenu aussi un lieu où la famille se ressource et se détend, une transition nécessaire après une journée de travail, un lieu récon­fortant en cas de coup de blues. C’est également un champ de découvertes intarissable pour les trois enfants qui évoluent sans crainte dans ce dédale de verdure. Initiés dès leur plus jeune âge à l’herboristerie et l’entomologie, ils reconnaissent aussi bien les plantes comestibles que les insectes piqueurs. « Apprivoiser petit toutes les formes du vivant permet de ne pas en avoir peur en grandissant », affirme leur père.

Extrait de ­ Petite histoire commentée du rapport de l’Homme à la nature /page 53 

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