L’ancrage au territoire Naturel et la quête d’identité

2 novembre 2017

BIODIVERSITE

 

nature wOn peut dire que toute société recherche un ancrage au territoire naturel. L’Homme moderne ne fait pas moins qu’entretenir ces liens symboliques lorsqu’il véhicule des mythes d’enjeu de rapprochement du territoire, par exemple avec les controverses autour de l’origine du nom des lieux comme la commune. 

En effet, on rencontre très souvent une étymologie savante qui fait référence à une célébrité ou une famille et prend sa place dans une dimension historique qui s’oppose à une étymologie populaire qui veut rapprocher les habitants d’un lieu fort dans le paysage, le plus souvent source de travail. A Thiers, la croyance dans le fait que la rivière de la Durolle qui traverse la ville coutelière serait dotée d’une eau favorable au tranchant de la lame du couteau, est un enjeu d’inscription de la coutellerie dans le territoire naturel. Ce mythe véhiculé par la mémoire thiernoise, montagne pauvre où s’est installé l’artisanat du couteau, revalorise ainsi l’ancrage de la force artisanale au paysage. 

Autrefois, il y avait une continuité entre l’environnement et l’artisanat coutelier (relations culturelles, sociales, symboliques, etc.), alors qu’aujourd’hui, les usines s’uniformisent : la ville traditionnelle coutelière faite d’accidents, de particularismes, de rues étroites, de coutellerie proche de la rivière va se dé-traditionnaliser en allant implanter ses usines dans la plaine, plane, plate, et sans plus aucun lien avec la Durolle qui symbolisait quelque part l’inscription de la coutellerie en « nature ». Les habitants parlent d’une industrie « japanisée », parce qu’elle échappe au local. A l’image du totémisme australien qui fait « surgir  l’humanité de la montagne », marquant l’ancrage de la communauté au territoire, le thiernois revendique son identité à travers l’émouleur, figure noble de la coutellerie traditionnelle. 

En effet, ce corps de métier, installé aujourd’hui à l’Ecomusée, catalyse en lui les valeurs d’inscription du couteau dans le paysage. C’est lui qui façonne le tranchant, au péril de sa vie, avec sa meule installée directement sur la rivière, contrairement au paysan-coutelier qui travaille loin de la Durolle . C’est bien avec la Mondialisation qui linéarise les modèles et les rend exportables en tout lieu, que la culture se détache du territoire, des racines et d’un ancrage local, sources de repères et de liens avec le milieu environnant. 

fémin naturel chez francesca

L’animisme ou le totémisme mettent en jeu des modes de penser le monde impliquant un rapport plus égalitaire avec la nature, plus relié (respect de l’animal totem et lien de parenté entre l’Homme et le monde animal ou végétal dans le totémisme, rituels demandant pardon aux animaux chassés dans l’animisme). 

Dans le sens de qualité d’attention à la présence de ses forces vivantes, respecter la nature, c’est ici se tenir en face d’elle, dans un rapport d’échange équilibré. L’Homme redistribue toujours au milieu, à travers des rituels, ce qu’il lui a pris, sous forme d’animaux (chasse), de végétaux (cueillette) ou bien encore la société prend bien soin que l’animal totem des uns, ne soit pas celui des autres, chaque groupe prenant en charge la protection d’une espèce. 

Dans cette relation d’échange avec le monde naturel, le chamane est garant de la circulation entre les mondes : entre monde visible et invisible, entre l’Homme et ses ancêtres, entre les ancêtres et les lieux naturels où s’inscrit leur paternité, entre ces ancêtres et le paysage dans lequel s’inscrit l’origine de la vie, entre ces lieux réservoirs des naissances de la vie sur Terre et un cosmos représenté par une parité – soleil et lune -, mer et ciel ou Dieu suprême qui marque le monde avant la chute, la spéciation, la division entre les êtres et les mondes. Et le sacrifice est souvent là pour alimenter et rétablir ces liens : avec le cosmos comme dans le sacrifice humain chez les aztèques, pour faire circuler l’énergie du vivant comme dans le sacrifice animal en Afrique occidentale qui a pour fonction l’alimentation du corps par la chair de l’animal et l’alimentation des esprits par son sang. 

nature

Le chamane est en relation de communication avec la plante hallucinogène ou l’animal qui nous visite en rêve pour faire passer des messages : messages de chasse mais aussi de sens. Car pour certain amérindien et beaucoup d’animistes, le monde du rêve et le monde invisible sont la « vraie vie ». Quand l’animal totem est chassé, il est considéré comme un partenaire. Il y a ici une chaîne d’échange de la vie. Ce n’est pas la mort pour la mort. Il peut même indiquer où il se trouve en rêve. 

Car ce n’est pas son expression incarnée qui doit être préservée, mais le principe et l’essence de sa forme, qui se trouve sauvegardé dans le paysage gardien des origines comme à Ayers Rock en Australie (Uluru en Aborigène). Ici, les lieux sacrés sont le réservoir de l’essence de la vie qui y éclot sous forme de prototypes souches et l’Homme ainsi que les autres formes du vivant naissent de la montagne, via ces modèles totémiques. L’ancrage au territoire et au paysage relie l’Homme à ses ancêtres et à son origine humaine sur la Terre. 

Toute société gère le besoin de tenir la nature à bonne distance et la nécessité de réguler ses liens avec l’environnement. Néanmoins, cette relation d’équilibre dans les prélèvements sur la nature est source d’idéalisation des occidentaux pour ces autres cultures, dans lesquelles se projette la formation d’une culture idéale, qui prend racine dans les mouvements écologistes. Si la coupure entre nature et culture n’a pas de sens dans ces cultures, elles sous-tendent un rapport à la nature différencié mais néanmoins pas forcément lisse. Ainsi, le chamanisme par exemple, lié à l’animisme, met en jeu dans la transaction de l’Homme avec la nature, des rapports de force et de pouvoir extrêmement violents trop souvent occultés avec le mythe du « bon sauvage » et le désir de trouver refuge dans une société plus respectueuse du milieu. Vivre en nature, ce n’est pas facile ! 

extrait du texte de Édith PLANCHE que vous pouvez retrouver ici : http://www.science-et-art.com/IMG/pdf/ENS_Cachan-2.pdf

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer les sources et le site : http://quetedesoi.unblog.fr/

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