TRANSFORMATION DE LA NATURE

 

De manières diverses, l’homme détruit des animaux et des plantes, raréfie certaines espèces, en anéantit d’autres. S’opposer à cette action, permettre, le plus possible, le maintien de la faune et de la flore dans leurs caractères primitifs, c’est faire œuvre de protection de la nature.

sous bois

Une telle préoccupation laisse bien indifférente la grande masse du public, qui a tendance à ne voir dans ce souci de conservation d’un capital vivant que sentimentalité d’artiste ou manie de scientifique. Mais l’action destructrice de l’homme peut avoir des répercussions autrement graves qui compromettent le bien-être et même l’existence de l’humanité. A leur sujet, l’ignorance est funeste et l’indifférence coupable. La question de la protection de la nature doit prendre place dans les préoccupations de l’opinion mondiale. Rupture des équilibres naturels Le danger de l’action humaine sur la nature dérive essentiellement de ce que, par des interventions plus ou moins réfléchies, l’homme provoque la rupture des équilibres naturels établis au cours des temps entre les êtres vivants rassemblés sur une même surface.

Du fait des inter-réactions entre végétaux soumis aux mêmes conditions de milieu, se constitue un groupement que l’on peut définir par son aspect ou par sa composition. On sait que, suivant le point de vue adopté, le groupement est une formation, où les espèces se révèlent par leur physionomie et leur importance numérique, ou bien une association, où les espèces, liées à des conditions d’existence uniformes, se mêlent en proportions déterminées.

Mais aux plantes s’associent des animaux qui trouvent dans la station garnie de végétation leur habitat, leur biotope ; les inter-réactions entre animaux et plantes concourent à expliquer l’ensemble du groupement d’êtres vivants, la biocénose. C’est à propos de ces groupements, où dominent les végétaux ligneux, les forêts, que Ton peut observer les plus remarquables exemples d’équilibre naturel et aussi les plus redoutables effets de la perturbation de ces équilibres. M. HEIM consacre à la description de la forêt, si diverse selon les climats, des pages que les forestiers liront avec plaisir. « Chez nous, la forêt attire la rêverie ou la quiète curiosité. Il y règne l’ambiance de chapelle. Simple, riante ou grave, elle séduit, elle berce… L’arbre qui la constitue nous est familier par son nom, son écorce. le contour de ses feuilles. Nor » savons quels oiseaux logent dans sa ramure, quelles herbes vivent à ses pieds, quels bolets forment son cortège…

sperule-odorante des bois

Nous avons ici recueilli l’Aspérule odorante parce que la futaie était de Hêtre. Nous parlons du Cèpe du Mélèze ; nous savons que l’Oronge vient sous les Chênes… Nous avons forcé la nature à se plier à nos exigences et lui avons imposé de s’adapter aux catalogues ». « Sous les tropiques, c’est autre chose. Rien de la douceur qu’apporte au regard la forêt de France ; rien de son effet calmant ni de son ordonnance.

Pas d’équilibre, pas de philosophie ; ni sensibilité, ni amour. Il faut un effort pour la comprendre, même visuellement. Elle n’est pas faîte pour nous ; elle déroute d’abord. Pas de point de comparaison, pas d’échelle : ni dominant, ni dominé. Que devient la notion d’association végétale que notre sens anthropomorphique et le dogmatisme des phytosocîologues ont assignée à nos groupements végétaux, dont nous sommes en réalité à la fois les maîtres et les esclaves ? La forêt tropicale n’est pas civilisée, elle est totalement sauvage, primitive.

Comme l’indigène, elle est fragile, délicate, incompréhensible, déroutante et complexe dans sa physionomie… Vous êtes au milieu d’un monde multiple où tous les êtres sont différents et presque tous des inconnus, où tout semble hasard et mêlée. Ce ne sont pas les cinquante essences de toutes nos forêts françaises ; ce sont mille, deux mille essences qui ne connaissent aucune loi de hiérarchie. La promiscuité n’a qu’une règle: la concurrence vitale. Les agencements insaisissables n’ont qu’une cause, le désordre », moins intense, par l’incendie, par le pâturage du bétail. L’effet est bien divers suivant les contrées et les types de forêt.

Dans la partie moyenne de l’Europe, grâce au climat et aux conditions d’évolution du sol, la forêt peut se reconstituer en devenant plus ou moins artificielle, mais aussi mieux adaptée aux besoins humains. Là où elle est détruite pour faire place à des prairies ou à des cultures, une sage tradition paysanne a conservé au sol sa fertilité. Le tableau est autre dans le bassin méditerranéen, de l’Espagne à l’Afrique du Nord et au Proche-Orient: à la suite du déboisement et de l’intensification du pâturage, l’érosion progresse dangereusement. Sous les tropiques, dans cette forêt que Ton a trop longtemps présentée comme plantureuse et d’une productivité indéfinie, alors qu’en réalité elle est fragile, les causes de destruction sont puissantes : c’est l’exploitation trop souvent brutale, le feu allumé en vue de cultures temporaires que l’on abandonne quand le sol est épuisé, des incendies inconsidérés. Parallèlement, le sol est particulièrement exposé à la dégradation, à la latérisation.

destruction

La destruction de la forêt est irréversible : on marche vers la désertification et l’érosion. Le processus a été étudié, le danger a été maintes fois dénoncé, notamment par A. ‘CHEVALIER et AUBREVILLE en Afrique, par HUMBERT à Madagascar. A la destruction de la forêt s’ajoutent, sous les tropiques, l’extension des monocultures industrielles, parfois l’augmentation du cheptel, toutes causes d’épuisement et d’érosion du sol. C’est ainsi que, par rupture de l’équilibre naturel et impossibilité, en bien des régions, de rétablir un nouvel équilibre, on assiste en des pays divers, sur de vastes surfaces, à la ruine du sol. Soit du fait du climat, soit du fait de l’homme, on estime qu’un quart environ de la superficie des terres du globe est actuellement improductif.

En regard de cette stérilisation progressive, la population humaine s’accroît constamment : de 1 milliard d’individus au milieu du XIXe siècle, elle a passé à 1 600 millions en 1900; elle est actuellement de 2 400 millions, et on prévoit que dans un siècle elle sera de 4 milliards. A la rupture des équilibres naturels, se superpose la rupture de l’équilibre humain: plus l’homme détruit, moins il peut se nourrir, plus il se multiplie. « On comprend donc, écrit M. HEIM, pourquoi le problème de la protection de la nature, longtemps enfermé dans un concept à la fois sentimental et scientifique, c’est-à- dire associé à la sauvegarde d’espèces animales ou végétales spectaculaires, utiles ou rares, a peu à peu intégré des préoccupations économiques, dont la dégradation des sols est la plus essentielle… C’est le problème de l’avenir même de notre espèce, de Y Homo sapiens, qui est désormais posé. » Un vigoureux effort est nécessaire pour mettre fin aux procédés destructifs et régénérer, autant que possible, les zones appauvries et désertifiées. En Algérie, au Maroc, en Palestine, aux Etats-Unis, d’heureuses méthodes de restauration et conservation des sols ont été appliquées. Mais en trop de contrées, le désert restera l’état stable auquel a conduit l’action combinée du climat et de l’homme.

Extrait de la REVUE -FORESTIÈRE FRANÇAISE

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