Le temps des insectes

22 septembre 2017

I - comme INSECTES

 

Morcelé, ralenti, rallongé ou raccourci, le temps de vie des insectes présente une grande diversité de modalités. Certains vivront vite mais peu, d’autres lentement et longtemps ; d’autres encore – ou les mêmes – sauront ralentir ou arrêter leur développement si le besoin s’en fait sentir ; beaucoup vivront deux vies bien distinctes sous forme de larve puis d’adulte.

INSECTE 

La plupart des insectes sont caractérisés par un temps de génération (d’œuf à œuf) assez court. En se reproduisant très vite et en ayant une importante descendance, ils ont une grande capacité de conquête – pour peu que les conditions soient favorables. Ces caractéristiques favorisent également l’adaptation génétique lorsque apparaissent de nouvelles contraintes externes (certains pucerons, au temps de génération très court, sont connus pour avoir développé des résistances multiples aux insecticides). Grâce à cela on peut ainsi obtenir rapidement, au laboratoire, de nombreux individus sur plusieurs générations. La drosophile, ou Mouche du vinaigre, est ainsi très prisée pour les études sur le vieillissement. Chaque espèce possède une espérance de vie type qui est fonction des conditions extérieures mais aussi, comme l’a montré l’étude récente du bilan énergétique de la petite guêpe tropicale Eupelmus vuilletti (dont l’espérance de vie peut varier de 8 à 15 jours en fonction de ses choix alimentaires), de son comportement. La température et la disponibilité des ressources sont les principaux facteurs ayant des effets sur la durée des différents stades du développement. D’autres étapes (comme la maturité sexuelle, l’accouplement ou la ponte) sont souvent sous étroite dépendance de relations intra-spécifiques telles que la densité d’individus ou la présence de partenaire sexuel. Autant de phénomènes qui, dans certaines limites, allongent ou abaissent la durée du cycle et influent, par conséquent, sur le nombre de générations que peut développer une espèce par an (ou voltinisme). 

Chez les insectes sociaux, abeilles, guêpes, fourmis et termites, les individus sont répartis en castes. Selon qu’ils ou elles soient reines, ouvrières ou soldats, les insectes n’ont pas la même durée de vie. De plus, une certaine hétérogénéité vis-à-vis du temps peut également exister à l’intérieur des castes. Ainsi, chez les abeilles, une ouvrière d’été vit de cinq à six semaines tandis qu’une ouvrière d’hiver s’éteint au bout de cinq à six mois. Une reine peut vivre de quatre à cinq ans. Quant aux mâles, ou faux bourdons, ils sont assurés de mourir soit après l’accouplement, soit à la fin de l’été s’ils ne se sont pas accouplés : les ouvrières les chassent alors de la ruche et cessent de les nourrir. La longévité exceptionnelle des reines a également été constatée chez les guêpes sociales et chez les termites et les fourmis. Dans ces deux derniers groupes, les records enregistrés avoisinent une trentaine d’années et sont donc les plus longs pour des insectes adultes. À l’origine de cette résistance au temps pourrait se trouver la surprotection dont bénéficient les génitrices ce qui aurait favorisé le développement et la transmission de tout un dispositif de réparation de l’organisme, certes coûteux en énergie, mais combien utile lorsqu’on vit l’équivalent de cinquante fois la vie d’une ouvrière ! 

Doit-on plaindre l’insecte qui, en une nuit, a vécu toute une vie ? Doit-on, au contraire, se réjouir pour celui qui passe un hiver de plus ? Gardons-nous d’appliquer notre propre échelle de valeur à ces observations du temps que nous effectuons chez les insectes. La perception du temps est propre à chaque espèce. Qu’elle nous paraisse “courte” ou “longue”, la vie d’une mouche est, à l’échelle de la mouche, une vie entière. Si des phénomènes d’apprentissage et donc de mémoire ont pu être mis en évidence chez certain insectes, on ignore s’ils ont la notion du temps écoulé. Pourtant, tout comme nous, les insectes vieillissent. C’est en cherchant à comprendre comment que peut- être, un jour, nous parviendrons à résister encore un peu plus ou un peu mieux au temps qui passe…. 

Pour en savoir plus • Régulation des cycles saisonniers chez les invertébrés Dourdan, 20-22 février 1990, P. Ferron, J. Missonnier, B. Mauchamps (dir.). Les Colloques de l’INRA, 1990, éd. INRA, 270 p. 

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À propos de francesca7

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