Pierres du Follet et Jeu des palets pierres debout

 

 paletsGargantua, le héros du joyeux Rabelais, aimait beaucoup à venir en Bas-Poitou. Ce qui l’y attirait principalement, c’est qu’il y trouvait, plus que partout ailleurs, à satisfaire sa passion pour le jeu poitevin des petits palets.

Le pays, surtout du côté d’Avrillé, du Bernard et de Curzon, était alors parsemé de pierres debout et de dolmens. Les pierres plates des dolmens étaient des palets tout trouvés pour le géant, et les pierres debout faisaient naturellement l’office de minches.

Lors donc qu’il éprouvait le besoin de prendre un brin d’exercice, Gargantua gagnait en quelques enjambées la côte du Bas-Poitou, et il y passait des journées entières, à jouer aux petits palets avec les pierres des fées. Comme les pierres debout, paraît-il, étaient beaucoup plus clairsemées que les dolmens, il avait soin d’en mettre trois ou quatre dans sa poche afin d’avoir toujours sous la main des manches de rechange ; car il les faisait souvent voler en éclats, tellement il y allait de bon cœur. S’il n’avait fait que briser ses minches, le mal n’eût pas été bien grand ; mais il lui arrivait aussi d’écraser parfois les toitures des maisons, ou les troupeaux qui paissaient tranquillement dans les champs, voire les bergers et les bergères.

Il ne se passait guère de jour sans que les petits palets du joueur missent à mal au moins une demi-douzaine de pauvres diables de villageois, sans compter les attelages de bœufs et les moutons. Aussi Gargantua était-il devenu la terreur du pays. Les bergers avaient bien dressé leurs chiens à lui courir sus, mais le géant cueillait les pauvres bêtes entre le pouce et l’index et les écrasait comme nous ferions de simples puces, sans qu’elles eussent seulement le temps de faire couic !

Un jour, cependant, il eut fort à faire avec deux de ces chiens, probablement plus lestes que les autres, et il fut même obligé de leur céder la place pour se soustraire à leurs morsures. L’aventure vaut la peine d’être contée et la voici telle que la rapporte une femme du pays.

Cela se passa sur le territoire de la commune de Rosnay, au village qui porte aujourd’hui le nom de Follet. Gargantua, qui s’était « esbaudi », depuis le soleil levé, à jouer à son jeu favori entre les rives de l’Yon et du Lay, venait d’écraser d’un seul coup une douzaine de malheureux moutons. Au moment où il se baissait pour ramasser le palet ovicide, il se sentit tout à coup mordre au talon par les deux chiens du troupeau, qui s’étaient glissés entre ses jambes sans qu’il s’en fût aperçu.

 PIERRES FOLLES

Les Pierres-Folles du Follet, à Rosnay (Vendée)

 

Il se retourna bien vite pour les saisir et les écraser entre le pouce et l’index, ainsi qu’il avait coutume de le faire ; mais les deux chiens, non moins lestes que braves, lui passaient et repassaient entre les jambes sans qu’il pût ni les empoigner, ni les empêcher de lui aboyer aux chausses. Prenant alors deux des énormes minches de rechange qu’il avait en poche, il les lança contre ses agresseurs. La terre en trembla à plus de dix lieues à la ronde, mais les chiens avaient esquivé le coup et s’acharnèrent de plus belle.

minches de garguantuaLes palets n’eurent pas plus de succès que les minches. Tant et si bien que Gargantua, qui suait sang et eau à vouloir se débarrasser de ses deux agresseurs, fut obligé, tout géant qu’il était, d’abandonner la partie et de battre en retraite. Mettant le pied gauche sur l’une des minches qu’il venait de ficher en terre, et le droit sur la flèche de Luçon, il passa de là, d’une seconde enjambée, sur la flèche de Fontenay, puis, d’une troisième, sur la flèche de Niort, d’où il se hasarda seulement à mettre pied à terre, bien sûr que les terribles chiens ne pourraient plus l’atteindre. Depuis ce temps-là, il abandonna, dit-on, son jeu favori des petits palets, et il ne reparut plus jamais au pays de Rosnay.

Les deux dernières minches de Gargantua sont demeurées à la place même où il les avait lancées : ce sont les deux pierres debout du village du Follet, jadis visitées, décrites et soigneusement mesurées par le savant abbé Ferdinand Baudry : l’une a une hauteur de 3m50 ; l’autre mesure exactement 3m66. Depuis la mésaventure de Gargantua, il paraît que tous les chiens du pays se rassemblent, une fois par an, pour venir… arroser les fameuses minches, en souvenir de la victoire remportée par deux héros de la race canine sur le terrible géant.

C’est également depuis ce temps-là, si l’on en croit la légende, que la cathédrale de Luçon se trouve en contrebas de la place qui l’avoisine, et que sa flèche semble pencher légèrement du côté de Fontenay.

D’après « La Vendée historique » paru en 1902

 

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