Un territoire fleural

 

Un autre jour, je remarquai de jeunes garçons en train de cueillir des fleurs. Elles n’étaient pas destinées à un quelconque dieu: ils bavardaient entre eux et arrachaient les fleurs sans même y songer, pour les jeter ensuite. Vous êtes-vous déjà surpris à faire les mêmes gestes? Pourquoi faites-vous cela? Tout en marchant, vous arrachez une brindille, vous l’effeuillez, puis vous la jetez. N’avez-vous jamais repéré ce genre d’action inconsidérée de votre part? Les adultes font de même, ils ont leur propre façon d’exprimer leur brutalité intérieure et cet effroyable manque de respect envers tout ce qui vit. Inoffensifs en paroles, mais destructeurs en actes, voilà ce qu’ils sont. 

DES ROSES

On peut comprendre que vous cueilliez une fleur ou deux pour les mettre dans vos cheveux, ou pour les donner à quelqu’un avec amour ; mais pourquoi les mettre en pièces? Les adultes sont laids, avec leur ambition, ils se massacrent et se corrompent les uns les autres dans la guerre et par l’argent. Ils commettent des actes hideux, chacun à sa façon, et apparemment les jeunes, ici comme ailleurs, leur emboîtent le pas. 

L’autre jour, je me promenais avec l’un des garçons de l’école, et notre regard est tombé sur une pierre au milieu de la route. Quand j’ai ôté la pierre, il m’a demandé: « Pourquoi avez-vous fait cela? » Que conclure, sinon à un manque de considération et de respect de sa part? Vous manifestez du respect sous le coup de la peur, n’est-ce pas? Vous vous levez promptement quand un adulte entre dans la classe, mais ce n’est pas du respect, c’est de la crainte ; si vous éprouviez un vrai respect, vous ne détruiriez pas les fleurs, vous ôteriez la pierre de la route, vous prendriez soin des arbres et vous participeriez à l’entretien du jardin. Mais, jeunes ou vieux, nous n’avons aucun sentiment de considération. Pourquoi? Est-ce parce que nous ignorons ce qu’est l’amour? 

Comprenez-vous ce qu’est l’amour tout simple? Je ne parle pas de la complexité de l’amour sexuel, ni de l’amour de Dieu, mais juste de l’amour, du fait d’être tendre et réellement doux dans notre attitude envers toute chose. Chez vous, vous ne recevez pas toujours ce simple amour, vos parents sont trop occupés ; il se peut que chez vous il n’y ait pas d’affection réelle, pas de tendresse, et donc vous arrivez ici avec ce capital d’insensibilité derrière vous, et vous vous comportez comme tous les autres. 

Comment faire éclore la sensibilité? Pas question d’instaurer des règles interdisant de cueillir des fleurs, car lorsqu’il n’y a que des règlements pour vous freiner, la peur est là. Mais comment faire pour que naisse cette sensibilité qui vous rend attentifs à ne faire de mal ni aux gens, ni aux animaux, ni aux fleurs? 

Est-ce que tout ceci vous intéresse? Ce serait souhaitable. Car si vous ne trouvez aucun intérêt à être sensible, autant être mort – et la plupart des gens le sont déjà. Ils ont beau prendre trois repas par jour, avoir un travail, procréer, conduire une voiture, porter de beaux vêtements, la plupart d’entre eux sont morts – ou c’est tout comme. 

Être sensible – savez-vous ce que cela signifie? Bien sûr, cela veut dire éprouver de la tendresse envers les choses: intervenir quand on voit un animal souffrir, ôter une pierre du chemin parce qu’il est foulé par tant de pieds nus, ramasser un clou sur la route pour éviter une crevaison à un automobiliste. Être sensible, c’est être ému par les gens, les oiseaux, les fleurs, les arbres – pas parce qu’ils vous appartiennent, mais juste parce que vous êtes conscients de l’extraordinaire beauté des choses. Comment susciter cette sensibilité? 

Dès l’instant où l’on est profondément sensible, on cesse tout naturellement de cueillir les fleurs, on a un désir spontané de ne rien détruire, de ne faire de mal à personne, autrement dit, d’éprouver réellement du respect, de l’amour. Aimer est la chose qui compte le plus au monde. Mais qu’entendons-nous par « amour »? Quand vous aimez quelqu’un parce que cette personne vous aime en retour, ce n’est assurément pas de l’amour. Aimer, c’est avoir cet extraordinaire sentiment d’affection sans rien demander en retour. Vous avez beau être très doués, réussir tous vos examens, avoir un doctorat et décrocher une belle situation, si vous n’avez pas cette sensibilité, ce sentiment de simple amour, votre cœur restera vide et vous serez malheureux pour le restant de votre vie. 

Il est donc essentiel d’avoir le cœur empli de ce sentiment d’affection, car alors vous ne détruirez pas, vous ne serez pas sans pitié, et il n’y aura plus de guerres. Alors vous serez des êtres humains heureux ; et parce que vous serez heureux, vous ne prierez pas, vous ne chercherez pas Dieu, car ce bonheur même est Dieu.

Extrait Chapitre 22 – La simplicité de l’amour – Le sens du bonheur (1966)

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