Le figuier desséché

7 juin 2017

e - le FIGUIER

 

Jésus dessèche un figuier qui ne porte pas de fruit : le premier sens de cette histoire est assez clair. Il est évident, en effet, que le figuier, c’est nous ; que nous avons le devoir de porter des fruits, d’amour, de justice, de pardon, de joie et de paix, ainsi que Paul nous y exhorte souvent. Les fruits, c’est tout ce qui vient de notre existence, ce que nous donnons aux autres, au monde, à Dieu.

figuier_desséché

Les fruits, en effet, ne profitent pas à l’arbre qui les porte, au contraire, ils lui coûtent, ils sont donnés pour les autres, c’est l’enjeu de son utilité dans le monde, et de sa descendance. Cette histoire est vraie, elle nous enseigne que si nous ne donnons pas de fruit, si nous restons centrés sur nous-mêmes, nous contentant comme le figuier, juste de ses feuilles qui lui sont utiles à lui et qui le font beau, progressivement nous nous desséchons, et nous devenons des morts vivants.

Ce que l’on pourrait regretter seulement, c’est qu’il n’y ait pas ici de notion de pardon, et que Jésus n’ait pas laissé de chances au figuier. En fait, on peut penser que Dieu pardonne au figuier, mais le fait est là que si nos vies ne s’ouvrent pas vers les autres et vers Dieu, elles se dessèchent et meurent sur place ; c’est une constatation objective, inéluctable.

Ce qui a attiré mon attention dans ce texte, c’est cette petite phrase insidieuse que Marc est le seul des évangélistes à ajouter à ce récit : Jésus voit des feuilles, ne trouve pas de fruits, et Marc ajoute Ce n’était pas la saison des figues ! Alors, comment Jésus peut-il en vouloir à ce figuier ? Il semble que cela soit d’une grande injustice. Marc donne l’impression de saper notre histoire édifiante. J’ai longtemps pensé qu’il ne fallait pas donner d’importance à cette petite phrase de Marc, que c’était juste pour lui un souvenir historique, et que Jésus, selon son habitude, ne se préoccupait pas tant des figuiers que de donner des leçons imagées : Jésus arrive, ne voit pas de fruits, dit que le figuier va se dessécher, il se dessèche, et tant pis pour la saison. Mais ce serait mésestimer la sagacité et la profondeur de l’Evangile, si Marc avait commencé à mettre dans son récit des détails autobiographiques sans importance, il ne serait pas le plus court de tous…

J’ai donc voulu partir précisément de cette phrase, et essayer d’en trouver l’enjeu. Il faut pour cela se rappeler de quoi il s’agit dans ce texte : de nous, et de notre capacité à donner des fruits pour les autres. La question est alors là :  » Quel est le moment opportun où l’on doit donner des fruits à ceux qui nous le demandent, comment être capable de donner du service, des fruits d’amour et de justice à l’autre ? « 

figuier_desséchéDeux logiques se présentent alors à nous. Il y a celle du figuier qui ne donne du fruit que quand c’est le bon moment pour lui d’en donner, et il y a la logique du Christ, logique surnaturelle allant à l’encontre de la loi naturelle, qui demande de donner des fruits au moment où l’autre en a besoin, même si ce n’est pas le moment pour soi. La logique naturelle est en fait la nôtre par nature, c’est une logique d’égoïsme avant tout : je veux bien donner aux autres ou rendre service, mais je décide du moment en fonction de moi-même, je le fais quand ça m’arrange. La logique du Christ, c’est de donner du fruit au moment où on le demande Le moment de donner du fruit, ce n’est pas à nous de le choisir, mais c’est quand l’autre en a besoin, et si  » ce n’est pas le moment « , c’est quand même le moment, il n’y a pas de moment où nous pouvons nous dire qu’il n’y a rien à faire pour Dieu ou pour les autres, tout moment et le sien, et il est toujours le moment de donner et de servir.

A un niveau très terre-à-terre, en tant que responsable de paroisse, je vis cela quotidiennement : trop souvent quand je demande un service pour la paroisse, on me répond  » Ce n’est vraiment pas le moment, j’ai ceci ou cela à faire « , ou bien,  » Ah, ca tombe mal, en ce moment, je suis très occupé « , ou bien encore:  » je donnerais bien quelque chose à l’Eglise, mais en ce moment je n’ai pas beaucoup d’argent… « . Je ne juge pas, et les excuses sont en général très valables. Mais il arrive aussi qu’on me réponde  » Ce n’est vraiment pas le moment, j’ai mille choses à faire pour le travail, les enfants, les parents, mais tant pis, je m’arrangerai, je viendrai, comptez sur moi « . Et lorsqu’il s’agit d’argent, le problème est le même : si on ne donnait que lorsqu’on avait trop d’argent, l’Eglise n’existerait pas. Heureusement que certains ne donnent pas quand ils ont assez, mais quand l’Eglise ou les autres en ont besoin. Et c’est le fait que ceux qui font le plus de choses pour s’engager, sont souvent ceux qui sont les plus occupés par ailleurs.

Ce que nous dit Marc avec sa petite phrase insidieuse, c’est que si l’on reste dans la logique du figuier, on ne fera jamais rien, et tout ce que nous avons à attendre, c’est le dessèchement et la mort. Il y a un temps pour donner, qui n’a pas à être fixé par nous ; c’est le temps de la demande et du besoin. La parabole est claire là-dessus, et Marc nous donne un enseignement très important.

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Le figuierOn peut aller plus loin, car ce texte présente une autre difficulté : incrustée dans l’histoire du figuier, s’en trouve une autre : Jésus chassant les marchands du Temple. Or il y a certainement un rapport entre ces deux épisodes, sinon on ne les aurait pas laissé disposés ainsi.

Rappelons que l’enjeu de l’histoire des marchands du Temple n’est pas d’être pour ou contre les ventes paroissiales ; mais que ces marchands participaient à l’organisation du service des sacrifices ; les fidèles venaient pour se faire pardonner leurs péchés, pour se mettre en règle avec Dieu. Ils achetaient des pigeons ou autres animaux, que l’on sacrifiait sur l’autel, et ils changeaient de l’argent pour faire des offrandes C’était donc un ensemble de rites et d’actes religieux au niveau du lieu même de la présence de Dieu.

Or les prophètes et Jésus ont dit et répété la demande de Dieu: Ce que je veux, c’est l’amour, et non pas le sacrifice.  » Je ne veux pas que vous vous donniez bonne conscience par des actes religieux, en allant au temple, en mettant des cierges, en faisant des sacrifices, en donnant de l’argent à l’église, en faisant des bonnes oeuvres. Ce que je veux, c’est l’amour.  » En chassant les marchands du temple, le Christ dit :  » Au lieu d’une religion d’amour, et de prière, vous vous faites une religion de négoce et d’achat de bonne conscience, Ce n’est pas ce que Dieu attend, il ne faut pas faire des actes religieux pour se donner bonne conscience, mais donner des fruits d’amour « .

La question importante n’est donc pas finalement d’être ou non un chrétien bien pratiquant, ou d’être un pilier d’Eglise, mais de savoir si oui ou non vous portez des fruits. Nous sommes donc bien dans la même problématique que celle du figuier.

En de plus, qu’est-ce que Jésus trouve sur le figuier et dont il ne se satisfait pas ? des feuilles. Or en hébreu, la feuille d’un arbre se dit  » alla « , ce qui monte; mais  » alla  » veut dire aussi ce qui monte vers Dieu, et a donné le mot  » le’ola  » qui signifie le sacrifice, l’holocauste. Jésus voit un figuier couvert de feuilles, comme un homme plein d’actes religieux, de sacrifices, de bonnes oeuvres faites dans le temple. Jésus espère y trouver des fruits, de l’amour, mais il n’y en a pas et il promet à cet homme que si sa vie consiste uniquement à avoir une bonne conscience d’actes religieux, sa vie ne mènera à rien d’autre qu’à la mort.

Par ailleurs, cette question de temps était cruciale pour les juifs de cette époque. Jésus a débattu de l’opportunité de guérir un homme le jour du sabbat. Les pharisiens disaient que  » ce n’était pas le moment  » ; mais Jésus répondait que c’est toujours le moment d’aider lorsqu’on le peut. Il a transgressé l’ordre religieux qui interdisait précisément de faire un acte d’amour. C’est l’illustration exacte de cette histoire de figuier : Jésus ne respecte pas le temps juif, il guérit parce que l’homme est devant lui et qu’il est malade.

Et à propos de feuilles et de figuier on peut aller plus loin encore. Il n’y a en effet dans toute la Bible que deux passages où il est question à la fois de feuille et de figuier: celui de Marc que nous étudions ici, et ce passage de la Genèse où Adam et Eve, se sentant pêcheurs imparfaits, cherchent à masquer eux-mêmes leur imperfection avec des feuilles de figuier, afin de paraître parfaits. Les feuilles de figuier, pour Adam et Eve et donc symboliquement pour nous, c’est la bonne conscience à bon marché, et Dieu refuse cela : c’est lui qui cachera l’imperfection, qui pardonnera le péché, après qu’on l’ait montrée. Ce n’est ni la religion de la bonne conscience (ou de l’inconscience), ni la religion de la culpabilité infinie ; c’est la religion où l’on dit:  » Oui, Seigneur, je ne suis pas parfait, je ne suis pas autosuffisant, il faut que je donne des fruits, mais Seigneur, pardonne-moi « . C’est alors seulement que Dieu couvre notre honte, Dieu refusant que l’homme vive simplement de sa bonne conscience pour en tirer un profit personnel, sans rien faire pour les autres.

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CHEZ FRANCESCAA la fin de l’histoire du figuier, les disciples s’étonnent que le figuier ait été desséché; il leur répond: Si vous aviez de la foi, vous arriveriez à dessécher ce figuier, et même à faire des choses plus grandes, comme de dire à des montagnes d’aller se jeter dans la mer.

On a parfois voulu voir là l’enjeu d’un acte de puissance, de la capacité à faire un miracle, les disciples étant impressionnés de ce que Jésus avait réussi à faire, et lui disant qu’ils pourraient en faire bien d’autres avec la foi. Mais sérieusement, y a-t-il dans la vie, un intérêt quelconque à dessécher un figuier ou à jeter une montagne dans la mer ? Absolument aucun. Comment croire que le Christ s’amuse à des enfantillages de démonstration de puissance inutile ? Cela semble indiquer qu’il faille chercher plus loin.

Ce que Jésus nous dit là en fait, c’est que si nous avions suffisamment de foi, nous serions capable de tuer les figuiers stériles qui sont en nous, de détruire tout ce qui, dans nos vies ne produit pas de fruit d’amour pour les autres. Il faut une très grande dose de foi pour être capable de retirer les branches mortes et sèches de sa vie. C’est alors dans le même sens que Jésus nous dit qu’il faudrait pouvoir jeter dans la mer toutes les montagne d’inutilité, d’égoïsme et de stérilité qui nous habitent.

Si nous avions vraiment la foi, nous pourrions nous débarrasser de tous ces figuiers stériles, retirer l’apparence, la poudre aux yeux que nous nous jetons à nous-mêmes ; nous pourrions jeter à la mer ces montagnes de mensonges à nous-mêmes, d’égoïsme, jeter à la mer tout ce qui est obstacle à Dieu, ainsi que le demande Esaïe (Ch 40): Que toute montagne soit abaissée pour préparer la route à Dieu.

Ce n’est pas facile d’ôter de nous cette tendance à ne produire que des feuilles, car les feuilles profitent au figuier et notre bonne conscience, ne nous est pas désagréable. Les fruits, eux, épuisent l’arbre, c’est tout ce que nous donnons aux autres. C’est pourquoi Jésus dit simplement : Ayez foi en Dieu, c’est l’essentiel. La relation à Dieu n’est pas un marchandage comme avec les marchands du temple, ce n’est pas le figuier qui donne des fruits quand il en a envie, Dieu donne quand on lui demande. Demandez pardon à Dieu : même si ce n’est pas le moment, il vous le donnera, sans contrepartie, sans condition, sans que vous lui promettiez une bonne oeuvre. La relation à Dieu n’est pas un marchandage dans une caverne de brigands, c’est une question de foi.

C’est pourquoi je vous dis : conclue le Christ au v. 24 Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. Dieu donne ce qu’on lui demande dans la prière, bien-sûr, pas n’importe quoi mais ce dont il est question dans notre passage : faire disparaître de notre vie tout le fatras d’inutilités stériles, ne laisser que l’essentiel : la foi en Dieu. Si l’on demande cela, si l’on y croit très fort, Dieu nous le donnera. Et avec cela nous aurons de lui le pouvoir de donner des fruits, et c’est cela qui survit dans la Vie Éternelle.

Prédication prononcée le 5 mars 2006, au Temple de l’Étoile à Paris,

par le Pasteur Louis Pernot

(Marc 11, 11 à 24; Genèse 3, 6 à 21; Colossiens, 1, 9 à 11)

Trouvé sur : http://www.eretoile.org/

 

À propos de francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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