Histoire de fleurs

 

Tout au long de notre vie, les fleurs accompagnent les événements importants de notre existence qu’ils soient heureux ou non. Témoins de notre vie, les fleurs sont porteuses d’une histoire ancienne, de mystères, et surtout d’émotions.

Petite et grande histoire de fleurs

Les hommes trouvent une source inépuisable d’émerveillement et de joie dans la floraison printanière. Les premiers narrateurs grecs racontaient de nombreuses histoires au sujet des fleurs, essayant d’expliquer leur création et leur beauté. Il était tout naturel de les associer aux dieux, et d’attribuer la création d’une fleur particulièrement belle à l’intervention d’une divinité. 

Jardin d'amour

Le jardin d’Amour 1468, Renaud de Montauban

Paris, bibliothèque de l’Arsenal 

L’histoire de l’art des jardins remonte au troisième millénaire avant J.-C., elle nous décrit le jardin du paradis que l’homme essaye de reproduire. Disponibles depuis la nuit des temps, les végétaux ont très tôt servi aux hommes de toutes les civilisations pour peindre, teindre, s’alimenter, se parfumer, s’embellir, se soigner. Art de vivre, le jardin est un lieu de mémoire dynamique qui a une place toute particulière dans l’imaginaire. Il exprime la façon dont un groupe humain, dans des conditions historiques données, s’appréhende lui-même, définit ses conditions d’existence, se situe par rapport à la nature, un héritage que l’on retrouve d’abord chez les Égyptiens. 

Les grecs aiment avant tout le naturel et ils façonnent la nature pour mettre en valeur les abords des temples ; les promenades, les cimetières et les plantations sont limitées aux parcs publics urbains. Dans les jardins privés ornés de sculptures installées dans des niches, de fontaines, les habitants cultivent des roses, des iris, des lys, des violettes, des dianthus, des fleurs à bulbes et des herbes. Mais on y trouve aussi de petits fruits et des plantes potagères. 

Les romains s’étant rendu maître du commerce au Moyen-Orient après la chute de Cléopâtre, reine de la parfumerie, Rome abonde de cosmétiques, d’aromates, d’épices et de parfums exotiques. Odeurs et saveurs se confondent, autant dans la cuisine que dans les breuvages comme l’atteste « le Traité de cuisine » du célèbre gastronome Apicius. Dans « l’Histoire naturelle » de Pline, publiée entre 70 et 80 de notre ère, on trouve une centaine de parfums et aromates débités et taxés par le fisc impérial. Quatre d’entre eux, extraits de végétaux, étaient particulièrement importants et constituaient l’odeur prédominante dans les rues de Rome : le safran, la cannelle, le nard, le costus ou kushtha de l’Inde. Ces parfums et aromates remplissaient dans chaque demeure ou lieu public quatre fonctions primordiales : religieuse ou magique avec les encensements et les onctions sacrées, thérapeutique ou médicinale avec les médicaments, esthétique ou hygiénique avec les cosmétiques, érotique avec les aphrodisiaques. 

Au XIIIe siècle, plusieurs maisons en France possèdent des «fourneaux» à distiller de l’eau de fleurs, construits en terre cuite, ils permettent de distiller en particulier de l’eau de rose, de violette et de lavande. La distillation a été découverte au Xe siècle par les arabes et rapportées en France par les croisés. Henri de Mondeville, médecin du roi Philippe le Bel (1268-1314), conseille d’aromatiser les cheveux à l’aide de musc, girofle, noix de muscade et cardamome. 

Pour les vêtements, il conseille de les laver mais aussi de les parfumer avec des fleurs de violette et d’une eau fraîche dans laquelle aura macéré de la racine d’iris pulvérisée. 

Les femmes occupent encore une place importante dans l’art de guérir jusqu’aux XIVe et XVe siècles. On leur laisse la possibilité de cultiver ce qu’elles souhaitent, le jardin est leur domaine comme en témoigne le livre des «Grandes heures» d’Anne de Bretagne, où ne figurent pas moins de 337 plantes, avec leur nom latin et français, magnifiquement illustrées par Jean Bourdichon peintre à la cour de France. 

L’Europe du XVIIe et XVIIIe siècle se passionne pour l’horticulture et les collections de plantes plus ou moins exotiques, suivant l’exemple d’Olivier de Serres, qui est passé maître en la matière. Louis XIV est un collectionneur avisé de plantes et d’arbres, il a considérablement enrichi le jardin du Roi –futur Jardin des Plantes- fondé en 1626 par Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII. Il finance lui-même des expéditions ayant pour objectif d’acclimater à Paris des espèces du Nouveau Monde ou d’Extrême-Orient. 

Depuis le XVIe siècle, les agrumes sont l’objet de collection constituée dans les grands jardins, la nécessité de protéger ces arbustes des froidures de l’hiver a obligé jardiniers et architectes à inventer un lieu magique premier sens de l’exotisme : l’orangerie. A Versailles, dans celle-ci est installé l’atelier du «Parfumeur» de la cour. Le recours aux aromates est à sonapogée avec la multiplication d’accessoires odoriférants. La signature olfactive du Cardinal de Richelieu est révélatrice des moeurs du XVIIe siècle : il raffole du musc, presque pur, «parce qu’il souligne les émanations du corps» ! Il va jusqu’à se faire tailler des culottes en peau d’Espagne qu’il fait imprégner de musc. Son odeur est si particulière que l’on peut le suivre à la trace et il finit par incommoder tout le monde sauf lui-même bien entendu : -« On doit quant Richelieu paraît dans une chambre bien défendre son coeur et bien bouchez son nez ».

 A la cour de Versailles, l’eau présente dans les jardins, est absente de l’hygiène. On se frictionne la peau avec des savonnettes au citron ou à l’orange, des aspersions du visage et des mains avec du vinaigre de toilette, du «lait virginal» ou de «l’eau d’ange». On se parfume l’haleine à la coriandre, à l’ambre, au gingembre. On se nettoie les cheveux avec des huiles au santal, à la rose, à la lavande ou au jasmin. On s’enduit les mains de pâte d’iris, de benjoin, d’amandes douces qui les décrassent sans les abîmer. On porte des sachets d’arôme dans les vêtements ou des variétés de fruits comme des melons dont les parfums doivent aussi protéger du mauvais air. On brûle dans toutes les pièces toutes sortes de substances parfumées dans des cassolettes qui pénètrent dans les poumons, le coeur et les vaisseaux sanguins. Le fameux costume crée par Charles Delorme, médecin de Louis XIII, est aussi très révélateur du crédit apporté aux aromates jusqu’au XVIIIe siècle. Son masque de cuir, muni d’un long bec, est rempli de substances parfumées qui filtre l’air vicié et, protège le praticien des odeurs du pesteux, sensées propager la contagion. 

les jardinsOn installe partout en France, comme en 1763 à Lyon, des jardins botaniques. Le parc de la«Tête d’or» rivalise avec le Jardin des plantes à Paris, où la première serre chauffée est due au médecin Fagon en 1650. Autour de 1700, s’installe la dynastie des Jussieu qui cultive le caféier d’Arabie dans la grande serre. Bernard de Jussieu plante le premier cèdre du Liban en 1734. La guerre des épices et celle des couleurs se disputent âprement entre Français, Anglais, Hollandais et Portugais Pour répondre au besoin croissant des jardins en graines et plantes rares, de nouveaux corps de métier voient le jour. 

Du commerce des plantes naît le métier de pépiniériste. Désormais, on ne monte plus une expédition pour le seul prestige mais pour aussi pour les affaires. Les premiers marchands de graines et semences apparaissent en Europe et Philippe de Vilmorin crée la plus célèbre lignée de grainetiers français. 

Au siècle des lumières, la nouvelle sensibilité olfactive qui ne tolère plus les odeurs fortes masquant les effluves nauséabondes. L’eau est à nouveau un produit propre à l’hygiène, les bains sont de retour, parfumés de senteurs champêtres. Le naturel est plus que jamais à la mode jusque dans les senteurs des préparations légères et fleuries, sophistiquées et teintées de fantaisie. Le ton est donné par la belle marquise de Pompadour, mécène des arts, personne sensible et délicate. Suivant son exemple, toute la société utilise de délicieux parfums comme «l’eau divine », « l’eau admirable », « l’eau sans pareille »…, fraîches, légères, issues des distillations de fruits à écorce comme la bergamote, ou des huiles essentielles de leurs zestes. 

Si le XVIIIe siècle a été le siècle des découvertes, le XIXe sera celui de la propagation de ces connaissances à un plus large public, mais aussi celui de la réinterprétation, le XXe siècle sera celui de la prise de conscience écologique, le XXIe celui des jardins. 

La plante ne vient plus seulement au secours des hommes mais à celui de l’humanité tout entière. Pour respecter le monde des vivants, et l’équilibre de notre planète, l’homme sait désormais qu’il doit composer avec elle, l’ortie, la presle …ont retrouvé leur place aux jardins se substituant aux produits chimiques employés au XX e siècle. Espérons que l’homme saura doser l’immense connaissance qu’il a acquise au cours des siècles passés pour recréer un système équilibré qui ne met plus en péril le paradeisos que nous occupons. 

Charlotte de Bouteiller

Présidente d’Arts et culture d’Europe

À propos de francesca7

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