Noisette et noisetier, symbolisme

26 avril 2017

d - le noisetier

NoisettesOn confond très souvent cet arbrisseau avec le coudrier. On peine parfois à les distinguer l’un de l’autre. Une simple et bonne raison à cela : le coudrier et le noisetier sont le seul et même arbre. Le mot coudrier est un terme plus ancien, supplanté par le mot noisetier, parfois anciennement orthographié « noisettier ».

Petite leçon d’étymologie : coudrier provient de l’ancien français coudre issu du bas-latin corulus et du latin classique corylus. Ah ! Et aussi du grec : korys qui signifie casque, eu égard à la forme très particulière du fruit du noisetier enchâssé dans sa bractée lacérée, j’ai nommé, la noisette. Oui, oui, j’ai bien dit un casque. Attrapez une noisette, placez la bractée vers le haut, le fruit vers le bas, dessinez-lui une bouche et deux yeux, et vous aurez la tête d’un petit lutin de la forêt. Pour peu que vous trouviez un gland pour le corps et quatre brindilles pour les bras et les pattes…  

Alors comme ça, il paraîtrait que le noisetier est d’essence magique ? Hum… Jugeons plutôt. Le noisetier et son fruit ont joué un grand rôle dans la symbolique des peuples nordiques, germaniques et celtes. Pour ces derniers, la noisette incarnait la connaissance (1), alors que le bois de coudrier était utilisé par les druides comme support d’incantations. On se référera en cela à la pratique de la gravure sur bois de coudrier des oghams qui eurent un rôle à caractère divinatoire. Les druides « coupent à un arbre une branche qu’ils taillent en petits bâtons auxquels ils font des marques et qu’ils dispersent sur une étoffe blanche sans ordre et au hasard » (2). Il est étonnant que l’adjectif en relation avec le verbe deviner soit divinatoire et non pas devinatoire, isn’t it ? Le divinatoire appellerait-il le divin ? Explications. Arbre de la science et de la sagesse, le noisetier, par les oghams qui en sont tirés, est l’arbre intercesseur des dieux qui apprend aux hommes quelles sont les décisions à prendre. De même que certains jettent les dés (ou l’éponge ), les druides jetaient les bois. Aussi, la divination est-elle une manière d’obtenir une réponse par l’entremise des dieux.

Cette caractéristique, on la retrouve à travers la fameuse baguette de coudrier des sourciers. Divinatoire, cette baguette ? En effet, puisque son rôle consiste à deviner là où se cache l’eau invisible aux regards. Il s’agit d’une branche fourchue en forme de Y, la furcelle, faite de noisetier, un arbrisseau dont on dit qu’il a une très grande affinité avec l’eau. Cette baguette est censée entrer en résonance avec les ondes émises par la concentration des eaux dans le sol, mais également avec les radiations des nœuds métallifères, ce qui en a fait la baguette des chercheurs de trésors, bien que l’eau soit elle aussi un trésor à bien des égards… et plus précieux que toutes les mines de pierres et autres gemmes vénales.

Noisette-mure

En guise de notice explicative, voici exposé par Charuel, dans son Dictionnaire des institutions, des mœurs et des coutumes, le maniement de cette baguette : « On tient de sa main l’extrémité d’une branche, en ayant soin de ne pas trop la serrer, la paume de la main doit être tournée en haut. On tient de l’autre main l’extrémité de l’autre branche, la tige commune étant parallèle à l’horizon. On avance ainsi doucement vers l’endroit où l’on soupçonne qu’il y a de l’eau. Dès qu’on y est arrivé, la baguette tourne dans la main et s’incline vers la terre comme une aiguille qu’on vient d’aimanter. »

Le coudrier à la quête de l’eau… Cela n’est pas sans évoquer l’épisode de la verge de Moïse relaté dans l’Exode (16, 1-7 et 7, 8-12).

Le noisetier a aussi valeur de fertilité. Par exemple, on peut faire référence à Iduna, déesse de la vie et de la fertilité chez les peuples germano-scandinaves : elle est emportée dans les airs sous forme de noisette par Loki transformé en faucon à l’occasion. Tout autant, un conte islandais relate l’histoire d’une princesse stérile qui se promène dans un bois de coudriers afin de consulter les dieux qui la rendront féconde. Cela explique pourquoi la noisette a souvent sa place dans les rites de mariage. Petit florilège :

– Que deux amoureux jettent deux noisettes dans le feu de l’âtre. Si elles brûlent ensemble, c’est bon signe. Sinon…
– Pour assurer la fécondité d’un mariage, il faut jeter des noisettes sur le passage des mariés à la sortie de l’église.
– La mariée distribuait des noisettes au troisième jour de ses noces, pour signifier que le mariage avait été consommé.
– Si l’on souhaite un enfant, il faut que lors du repas de noce un dessert à base de noisettes soit servi aux mariés.
– L’expression « casser des noisettes » était employée en Allemagne comme un euphémisme amoureux. De même que « in die haseln gehen » rappelant assez bien la locution finlandaise « aller aux écrevisses ».
– Enfin, on dit d’une année à noisettes qu’elle sera une année à enfants, mais aussi à femmes publiques…

Il semble donc bien que cet arbre de la fertilité soit souvent devenu l’arbre de la débauche. En certaines régions d’Allemagne des chants folkloriques opposent au coudrier le sapin, comme arbre de la constance. Alors que la noisette est assez souvent un fruit de science, un « symbole de patience et de constance dans le développement de l’expérience mystique, dont les fruits se font attendre » (3)… Ce qui nous fait revenir aux Celtes qui virent dans la noisette le fruit de la connaissance comme nous l’avons déjà mentionné. Cependant, les minutes d’un procès de sorcellerie en date de 1596 nous révèlent ceci : « Si dans la nuit de Walpurgis la dite sorcière avait battu la vache avec la baguette du diable, cette vache donnait du lait toute l’année. » D’autres sources mentionnent le fait qu’une vache battue avec une branche de noisetier est plus prolifique de son lait, mais sans mentionner que cette branche est forcément l’émanation du diable.

coudrier

La baguette du diable ? Le coudrier ? N’y a-t-il pas là une considérable confusion ? Que peut donc être la baguette du diable sinon le balai du sorcier (et non la baguette de sourcier) ? Ces deux termes, si proches orthographiquement, ne laissent pas d’étonner… Il semble plus qu’évident de ne pas placer dans le même sabot le sourcier et le sorcier, ils n’ont pas grand-chose de commun, hormis, peut-être, le fait d’avoir été vilipendés l’un comme l’autre. Est-il donc possible de confondre la baguette divinatoire du sourcier avec le balai de la sorcière. Hum ? Là encore, l’étymologie (grands dieux ! que ferais-je sans toi ?) va éclairer cette scène d’une façon pour le moins surprenante. En latin, balai se dit scopa. Ce mot est issu du grec skêptron qui signifie… bâton et, par extension, sceptre! Comment ne pas penser au thyrse de Dionysos coiffé d’une pomme de pin ? Comment, alors, parlant de baguette de sourcier (fourchue, la baguette…), ne pas évoquer le balai que la sorcière enfourche à califourchon ? Encore un peu d’étymologie ? Allez ! Califourchon : du breton kall, testicules. Et du français fourche qui, en langage imagé signifie… diable ! Impossible de ne pas avoir en tête la fameuse image (d’Épinal diront certains) de la sorcière sur son balai, autrement dit : assise sur les testicules (et donc la verge) du diable !

Malgré tout, Angelo de Gubernatis mentionne l’existence de l’usage d’une baguette de noisetier par les sorcières, près d’Otrante (en Italie, dans le talon de la botte) et dont il nous dit qu’elle leurs permettait de découvrir des trésors. Aussi, le sorcier et le sourcier seraient-ils aussi semblables que le sont noisetier et coudrier, deux branches d’un même arbre ? A la faveur de la nuit sublunaire, cette branche, verge, baguette… permet à la sorcière de localiser l’emplacement précis où est censé se trouver le trésor. Ce en quoi Richard Ely et Véronique Barrau, dans leur très bon Plantes des fées, ne disent pas autre chose. Chaque noisetier se pare d’une branche d’or. « Celui qui la prélève durant l’intervalle précis où les douze coups de minuit résonnent [durant la nuit de Noël], détiendra un rameau aussi puissant que les baguettes de fée ! Grâce à lui, déceler un trésor enterré dans les entrailles de la Terre, une mine d’or ou de pierres précieuses se révèlent un jeu d’enfant » (4). Métaphore bien sûr, qui n’est pas sans rappeler la fameuse fleur rouge de fougère….

Ainsi le coudrier, par amalgame, est devenu peu à peu l’arbre du diable. Et la noisette n’est pas en reste, comme l’évoque ce petit conte : « Le diable souhaitait impressionner un enfant. Pour cela, il se transforma d’abord en monstre gigantesque, puis en tout petit vermisseau. A la demande de l’enfant, le diable pénétra à l’intérieur d’une noisette à travers le petit trou qui s’y trouvait. L’enfant reboucha bien vite le trou et porta la noisette au forgeron, l’homme le plus solidement bâti du village, afin qu’il écrase diable et noisette sous son énorme marteau. Ce qui fut fait. Hélas, la noisette se brisa en mille morceaux, le diable en jaillit comme une nuée d’étincelles qui se répandirent au monde entier, allant se ficher dans le cœur des hommes. Depuis lors, chaque habitant de la terre porte en son sein une petite part diabolique. »

noisetiers

Si l’on a dit du bâton de coudrier qu’il était un instrument de transport pour les sorcières (ou de n’importe qui ayant placé son bois entre les jambes), il en est de même de la noisette dont la coque aurait servi de nacelle à Hercule revenant du jardin des Hespérides… De Gubernatis ajoute une note très intéressante au bas de la page 240 du second tome de La mythologie des plantes : « Dans Roméo et Juliette, de Shakespeare, Mercutio nous montre la reine des fées Mab arrivant la nuit sur un carrosse qui est une noisette ». Il est bien connu que «  les bonnes fées de nos contes populaires [font tailler] leurs carrosses dans des noisettes, et tissent ou font tisser des robes si fines, qu’elles peuvent tenir aisément dans une seule noisette » (Mercutio ne vous rappelle pas le nom d’une divinité des voyageurs ?…)

Avant de poursuivre avec les qualités botaniques et thérapeutiques du noisetier et de son fruit fécond, laissons le soin à Jacques Brosse de clore la première partie de cet exposé : « Bâton ou balai, verge ou caducée, la baguette magique n’est jamais qu’une branche d’arbre et celle-ci tient son pouvoir du seul fait qu’elle est censée provenir de l’arbre sacré, Arbre de Vie ou Arbre Cosmique. » Impossible (encore !) de ne pas évoquer les branches de bouleau utilisées pour confectionner des balais en Europe centrale, le même bouleau qui, comme l’on sait, est l’Axis Mundi des chamans sibériens…

L’usage alimentaire de la noisette ne date pas d’hier. Il remonte à près de 10 000 ans, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire. Pour preuve, on a retrouvé sur des sites archéologiques des restes de noisettes fossilisés, alors que ses premières traces de culture remontent au moins au IV ème siècle av. J.C. en Grèce. Que la noisette ait été l’objet d’une cueillette sauvage ou domestique ne nous permet pas de déterminer avec exactitude ses usages médicinaux d’alors (usages intrinsèques à sa consommation cependant), surtout que la noisette est, si je puis dire, l’arbre qui cache la forêt puisque, du noisetier, on utilise bien davantage que les seules noisettes : les feuilles, les chatons et l’écorce des jeunes rameaux. Par ses feuilles et son écorce, le noisetier est très proche des propriétés de l’hamamélis (arbuste parfois nommé noisetier américain, witch-hazel en anglais alors que le noisetier porte celui de hazel tree). Toniques veineuses et vasoconstrictrices, feuilles et écorce portent leurs actions sur les troubles de l’insuffisance veineuse (varices, phlébites, œdèmes des membres inférieurs, etc.)

Feuilles et écorce possèdent la commune propriété qui consiste à resserrer les tissus. On appelle cela l’astringence, laquelle trahit la présence de tannin. Elles sont également cicatrisantes, ainsi les utilise-t-on en externe sur dermatoses, plaies, ulcères variqueux, hémorroïdes, etc.

L’écorce, comme beaucoup d’autres (frêne, tilleul, etc.), est fébrifuge ; elle est applicable en cas de fièvres intermittentes.

Au contraire des chatons de noisetier qui sont amaigrissants, les noisettes sont hautement nutritives et énergétiques. On en consommera avec profit en cas de croissance (chez les enfants), de grossesse, de sénescence et d’anémie. Elle s’adapte à toutes les conditions et à tous les âges, inutile de s’en priver d’autant plus qu’elle est parmi les fruits oléagineux celui qui est le plus digeste.

Elle contient nombre de sels minéraux et d’oligo-éléments (phosphore, soufre, fer, calcium, potassium, sodium, magnésium, cuivre…), ainsi que de la vitamine E, de la vitamine A et certaines vitamines du groupe B.

Vous êtes en convalescence ? Pensez aux noisettes et à leurs copines, les amandes. Nous sommes donc très loin de ce qu’évoquait Hildegarde de Bingen à propos du noisetier au XIIème siècle : « Il ne vaut pas grand-chose pour la médecine […], il est l’image de la lascivité ». Oups ! Il y a bien, dans les écrits de l’abbesse, une filiation entre le noisetier et son rôle générateur, mais c’est si confus que je vous déconseille de tenter la recette pour laquelle il faut employer les chatons mêlés à d’autres plantes ainsi qu’au « foie d’un jeune bouc déjà apte à engendrer » et à « de la chair de porc crue, et grasse » (5). Tout un poème, donc. De même, la bénédictine n’apprécie pas des masses la noisette qu’elle présente comme neutre, mais indique qu’elle est nuisible aux malades ! Est-ce la réputation sulfureuse de la noisette qui aura induit, de la part de l’abbesse, un jugement aussi dur ? A toutes fins utiles, rappelons qu’au Moyen-Âge les plantes connues pour « exciter les sens » sont assez mal vues dans les jardins monacaux…

Noisetier

Enfin, nous ne saurions terminer ce rapide tour d’horizon sans évoquer le précieux liquide que l’on extrait des noisettes : son huile. Au passage, profitons-en pour indiquer que la noisette est parmi les fruits oléagineux celui qui contient le plus d’huile, à hauteur de 50 à 60 %, soit bien plus que l’amande ou la noix. Dans cette huile, on trouve une très grande proportion d’acides gras insaturés (87 à 92 %) dont une partie importante d’oméga 9, alors qu’échoit aux acides gras saturés la portion congrue (7 à 10 %). Elle contient aussi de la vitamine A et de la vitamine D. Fluide, elle pénètre rapidement l’hypoderme ainsi que les muscles, elle permet dont de travailler en profondeur. Notons quelques-unes de ses principales propriétés : adoucissante, assouplissante, nourrissante, régénératrice cutanée, régulatrice du taux de sébum, relaxante, dynamisante, anti-anémique, régulatrice du taux de cholestérol sanguin, hypotensive légère, vermifuge doux pour les enfants. Mentionnons également une action positive de cette huile sur les sphères respiratoire et rénale. Cette huile jaune ambré possède un goût exceptionnellement fin. En cuisine, il faudra la consommer exclusivement crue. Par ailleurs, elle est utilisée en parfumerie, en tant que lubrifiant, pour l’éclairage aussi !

Cet arbrisseau caducifolié peut atteindre facilement 5 m de hauteur une fois adulte, mais sa taille peut parfois doubler. C’est ce que l’on observe chez les très vieux spécimens, bien que la taille ne soit pas un gage de longévité chez le noisetier, en effet, les plus gros troncs ne dépasseront jamais 30 cm de diamètre chez ces sujets. En revanche, il pousse en touffes assez denses et ramifiées au pied desquelles de nombreux rejets apparaissent : les drageons. Ses feuilles ressemblent beaucoup à celles de l’hamamélis : rondes, voire ovales, avec une pointe au sommet et brièvement pétiolées.

Les fleurs présentent des différences notables : les mâles sont des chatons jaune brunâtre de 5 cm de longueur (ils sont visibles à l’heure qu’il est sur les noisetiers que vous rencontrerez) et les femelles se présentent sous forme de boutons minuscules. Ce sont elles qui donneront naissance aux noisettes durant l’automne suivant. La noisette est un fruit à coupelle verte enserrée par des bractées. La coque ligneuse, qui contient l’amande comestible de couleur crème pelliculée de brun, passe du vert au brun avec le temps. Elles se récoltent généralement dès la fin du mois d’août, au plus tard début septembre.

Le noisetier est un arbrisseau très robuste qui est assez indifférent au terrain qu’il occupe. Il a tendance à peupler les coulées volcaniques et les zones sablonneuses aux abords des voies de communication. Il opte aussi bien pour la plaine que pour la montagne, on aura la chance de le trouver dans les bois clairs, en lisière de forêt, dans les haies et sur les talus, le long des sentiers, etc. (Europe, ouest de l’Europe, nord de l’Afrique).


  1. Un mythe irlandais nous explique qu’un saumon ayant mangé des noisettes magiques fut capturé par Finn. Celui-ci, goûtant le poisson, fut aussi pénétré de la sagesse universelle.
  2. Guyonvarc’h & Le Roux, Les druides
  3. Chevalier & Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 675
  4. Richard Ely & Véronique Barrau, Les plantes des fées et des autres esprits de la nature, p. 110
  5. Hildegarde de Bingen, Le livre des subtilités des créatures divines, p. 32

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