L’Agriculture, une Pathologie Ecologique

15 avril 2017

BIODIVERSITE

 

Dominique-GuilletTraduction de Dominique Guillet

Il est assez flatteur de penser que les diverses catastrophes, qui nous sont accessibles, soient toutes des inventions modernes mais cela n’est vrai que sous des aspects mineurs et sans importance – dans l’efficacité des outils et dans les rouages d’une machine, dans la magnitude et le taux d’accélération des problèmes. Les écosystèmes sur terre, dans l’air et dans l’eau sont en péril. Les poisons destinés à protéger les récoltes contre les pestes et les sous-produits toxiques de la civilisation industrielle ont encerclé le globe et se sont infiltrés dans les tissus de toute créature vivante. L’érosion des sols, la déforestation, la perte des marais, des espaces ouverts et des prairies, l’extinction des plantes et des animaux, sont accélérés par le doublement de l’humanité toutes les deux générations. Les problèmes contemporains ne sont nonobstant nouveaux que dans leur amplitude. L’arrogance et l’apathie (hybris et akedia) qui les sous-tendent sont aussi vieilles que la civilisation.

Il est commun d’observer que les hommes pensaient qu’ils pouvaient se permettre de dévaster le sol parce qu’ils pouvaient toujours migrer vers de nouvelles terres. Mais le niveau de migration, dans l’histoire du monde, par ces paysans qui eux-mêmes avaient brisé les reins de l’écosystème est faible: les migrants ont presque toujours constitué un surplus de sans-terre. Bien que de nombreux individus prennent maintenant conscience que nous vivons sur une planète limitée qui possède une capacité limitée d’absorber nos insultes, nous avons toujours vécu consciemment dans un monde fini, un espace connu, le centre du cosmos.

agriculture

La réalité est perçue largement en termes d’expérience personnelle et immédiate. La montagne de mousse détergente et de poisson mort dans le ruisseau voisin n’est qu’un sujet d’inquiétude que pour les résidents locaux. Les foules qui périrent dans le smog de Londres en 1948 se souciaient probablement peu de savoir si toute l’Angleterre était sous le smog, tout autant que les Sibériens. Pour les centaines de milliers de personnes qui périrent dans les grandes inondations du Fleuve Jaune en 1852, tout le continent aurait tout aussi bien pu sombrer dans la mer.

Bien que l’amplitude des désastres potentiels soit devenue planétaire au 20 ème siècle, la calamité écologique qui fait périr des hommes n’est pas nouvelle. Ce qui n’était, par le passé, que des régions isolées de détérioration s’est étendu au point que ces régions ont maintenant fusionné. Les zones marginales de purification, les réservoirs d’air, les recoins non cultivés et les haies qui permettent aux espèces natives de survivre, pour assurer un renouvellement et une régénération, sont sur le déclin. Mais la faillite des systèmes locaux de sol et d’eaux, les inondations et les glissements de terrain qui font suite aux déboisements, la malnutrition générée par le déclin de la fertilité, l’empoisonnement par les déchets, les pestes et la famine dues à la surpopulation, la perte de qualité dans toute vie et la démence personnelle ainsi que la folie sociale afférentes à tous ces facteurs ont déjà frappé des millions de personnes de par le passé. Le désastre qui nous confronte maintenant est le prolongement d’un traumatisme planétaire qui débuta il y a 10 000 années. A cette époque, il y eut une transition vers un nouveau mode de vie, une transition qui se manifeste encore sur toute la surface de la terre, une implication progressive et civilisante dans un conflit avec le monde naturel et avec nous-mêmes.

Ceux qui utilisent un langage l’utilisent pour définir et reconfirmer leur identité culturelle. Au travers d’un processus parallèle, les différences comportementales, parmi des groupes séparés géographiquement de la même espèce, permettent de maintenir les démarcations grâce auxquelles les groupes se scindent et l’évolution progresse. Il se peut même que les préjugés à l’encontre des “autres” aient pu constituer une fonction adaptative et génétique précieuse pour l’homme avant que l’émergence de l’état politique rende possible l’idéologie – un corps inerte d’idées, historiquement justifiées, par lequel la société rationalise une agression organisée.

Avec l’émergence des premières cités armées et des civilisations mercantiles, les hommes commencèrent le processus d’idéologisation de leurs relations écologiques. Le génocide commença sur terre avec l’extermination des chasseurs-cueilleurs et s’étendit, sous forme de biocide, à la destruction sélective des animaux et des plantes sauvages sur la nouvelle base de valeurs politiquement structurées, une extension psychologique des guerres tribales de civilisation.

chez francesca

La polarité de la ville et de la campagne, imaginée comme les symboles respectifs de l’artificiel et du naturel, s’avère ne pas être du tout une opposition mais seulement un jeu de contreparties, les deux faces d’une même pièce. Lorsque l’agriculture libéra une partie de la population élargie de la nécessité morose de produire de la nourriture, il fut nécessaire de lier le producteur de nourriture à la cité plutôt que de l’en isoler. La nourriture était transportée vers la cité et les produits de la cité transportés vers le paysan – une connexion qui a toujours été plus que simplement économique. Elle a requis un réseau politique bureaucratique et, ce qui est plus important, un accord de base sur les valeurs et les objectifs. Le rat des champs, en se convaincant lui-même qu’il préfère son propre mode de vie, fait semblant que les différences soient réelles. Mais le contraste n’est excitant que par ce qu’il magnifie ce qui est relativement mineur. Sa visite à la cité est, après tout, sa récompense du service provincial caractérisé par des routines rudes et monotones. La cité représente traditionnellement le rêve de gloire du péquenaud – il ne voudrait pas y vivre mais il ne pourrait pas s’en passer.

Les forces oeuvrant à la destruction de notre monde ne sont pas simplement les conséquences d’une technologie industrielle. Certains ont incriminé une technologie déficiente, telle que les moteurs se gavant, digèrant incomplètement des matières brutes et recrachant des déchets. D’autres considèrent que l’industrie est trop efficace – comme lorsqu’une productivité étonnante de maïs est réalisée en surfertilisant avec des produits chimiques qui s’infiltrent au travers du sol et polluent les rivières et les lacs en y faisant prospérer les algues. Les deux positions ont raison mais aucune des deux n’explique la situation présente. Alors que la biosphère est en train de défaillir de douzaines de manières, qui deviendront une centaine de manières demain, il est clair que ces défaillances sont des extensions d’événements mis en mouvement il y a longtemps, plus complexes en raison des overdoses de notre époque d’électronique et de combustibles fossiles, plus étendus en magnitude en raison de la taille de la population mondiale mais qui ne constituent pas un acte nécessaire et inévitable du drame humain.

Ecologiquement, le monde industriel n’est pas en opposition avec les pays sous-développés. Le paysan le plus primitif et l’industriel le plus avancé participent du même paradigme philosophique et progressiste. Un système de croyances non seulement relie tous les habitants des cités modernes de la planète, il les relie avec la société paysanne sur toute la planète, guidant et dirigeant leurs progrès au travers de conceptions mutuellement partagées des phases de la relation de l’homme à la nature. Ce système de croyances nous relie aussi au passé. Nos styles de vie et nos objectifs choisis sont similaires à ceux des peuples de Sumer il y a 6000 ans mais extrêmement différents de ceux de leurs ancêtres chasseurs d’il y a 14 000 années. Sous d’autres atours, nous restons des créatures des temps plus anciens. Nous sommes fondamentalement des peuples du Pléistocène et c’est en cela que réside notre espoir pour des lendemains.

Pouvons-nous envisager la possibilité que les chasseurs étaient plus pleinement humain que leurs descendants? Pouvons nous embrasser le chasseur comme une partie de nous-mêmes et une étape vers la réparation des blessures de notre planète et vers l’amélioration des qualités de vie? Je ne veux pas parler de retraverser la cour de la ferme à reculons: c’est peut-être l’erreur de tous les efforts passés visant à recouvrer une humanité plus harmonieuse par un “retour à la nature”.

EXTRAIT du site référence : http://liberterre.fr/agriculture/origine-agriculture-domestication/shepard-domestication1.html

À propos de francesca7

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