Prestigieux diamant : L’aventure du “Florentin”

L’un des plus prestigieux diamants de tous les temps, tient à la fois de l’histoire et de la légende. De Charles le Téméraire à l’impératrice Sissi, de Ludovic le More au dernier empereur d’Autriche, cette pierre magnifique a marqué la vie publique et privée de quelques grands de ce monde. Même un pape se laissa fasciner par ce joyau qui pourtant, il le savait, portait malheur à ses propriétaires.

 diamant

Ecrire l’histoire du “Florentin”, c’est retracer une sanglante odyssée. Le célèbre diamant apparut pour la première fois, selon l’historien Nicolas Vignier, en 1471, lorsqu’à l’issue d’un repas, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, le présenta aux gentes dames qu’il recevait à sa table. Ce diamant, dont on disait qu’il était le plus beau de la Chrétienté, de 139,5 carats, avait été taillé en “toile d’araignée” par le fameux diamantaire Louis de Berquem. Charles n’hésitait pas à le porter à son chapeau, lors d’un tournoi. D’une eau étonnante, à la légère coloration jonquille, et ne comportant aucun défaut, la pierre était alors montée en compagnie d’une grosse perle, de trois rubis surnommés les “Trois frères”, d’un autre rubis plus important, appelé “la Hotte”, auquel s’adjoignait encore un rubis renommé par sa beauté et qu’on surnommait “Balle de Flandres” (sic). Al’époque, le Florentin était connu sous le nom de “Duc”. Plus tard, en 1476, il devait être baptisé La Florentin, nous verrons en quelles circonstances. 

Afin d’éveiller l’intérêt de ses belles amies, Charles le Téméraire n’hésitait pas à révéler qu’il s’était approprié la pierre fabuleuse en tuant son porteur, un homme au teint basané, qui était venu le lui proposer. 

parureCharles vaincu dut abandonner ses armes et ses bijoux 

La superbe parure ne devait rester que cinq années en possession du cruel duc de Bourgogne. Surpris par une attaque brusquée des Suisses avec lesquels il était en guerre, Charles le Téméraire dut abandonner précipitamment le camp de Grandson, laissant sous sa tente, en même temps que d’autres trésors, sa cassette de pierres précieuses qu’il avait l’imprudente habitude de transporter avec lui au cours de ses chevauchées guerrières. Comme il était d’usage à l’époque, les Helvètes victorieux se livrèrent au pillage du camp et, au soir de la bataille, un archer suisse d’Unterwalden montra sa prise de guerre à ses camarades : une grosse pierre brillante dont il avait arraché la perle et jeté les pierres sanglantes qui l’accompagnaient et dont il redoutait qu’elles portent malheur. 

Un marchand juif originaire de Florence, qui suivait l’armée s’approcha, et, après avoir examiné la pierre, proposa de l’acheter contre une somme dérisoire. Le soldat refusa. Le lendemain on retrouva le corps de l’éphémère propriétaire du “Duc” poignardé, délesté de son joyau, et le marchand avait disparu. 

Histoire et Légende

A partir de là, il existe plusieurs versions : la première affirme que le marchand qui se l’était approprié suivait le diamant à la trace depuis 1472, pour le compte de Ludovic Sforza dit le More, avec l’ordre de s’en emparer par tous les moyens. Le larron aurait rejoint son maître à Milan, et le lui aurait offert. 

Cette légende dit que le prince admira longuement la magnifique pierre de Charles le Téméraire, donnant tous les signes d’une immense satisfaction. Il ordonna au Juif de se relever et lui annonça qu’il allait le récompenser en rebaptisant le fabuleux diamant “Le Florentin”, du nom de la ville dont il était originaire. Mais, perfide, il ajouta : “afin que tu ne puisses t’en vanter et que ce secret reste mien, je dois te tuer de ma main!” Ce qu’il fit incontinent, plongeant son poignard dans le coeur de son homme lige. 

La dame à l’hermine

Le More fit porter quelque temps le fabuleux diamant à Cécile Gallerani, sa jeune maîtresse âgée de dix-sept ans, celle-là même qu’il fit poser pour la “Dame à l’Hermine” l’un des plus beaux portraits de Léonard de Vinci (actuellement au Musée de la Fondation des princes Czartoryski de Cracovie). 

Une autre version, plus prosaïque, affirme que le l’émissaire du More l’aurait trahi en vendant le diamant volé au duc de Toscane Laurent de Médicis, dit le Magnifique, alors au sommet de sa puissance. Or, dès l’acquisition de ce joyau, tout alla mal pour le Médicis, qui à la suite de la banqueroute de Monte dei dotti, et de ses filiales de Londres, Bruges et Lyon, fut acculé à la ruine et contraint de céder la pierre au duc de Milan. En tout cas, depuis qu’il avait perdu son admirable diamant, Charles le Téméraire se mourait de langueur et ne croyait plus en son destin. Il n’était plus que l’ombre du magnifique guerrier qu’il avait été. 

J’ai tout perdu

Mis en fuite à Morat par Gaspard de Herenstein, il fit, au soir de cette cuisante défaite, cette confidence à ses derniers amis, Rubempré, seigneur de Bieure, et au sire de Contay, tous deux chevaliers de la Toison d’Or : “En perdant ce diamant j’ai tout perdu, et ma race est condamnée.” Ses deux fidèles trouvèrent la mort devant Nancy, aux côtés de Charles, dont on retrouva le corps pris dans la glace de l’étang de Neuville. Le cadavre de Charles le Téméraire, affreusement déchiqueté par les loups, ne fut identifié que par un autre diamant, de belle taille lui aussi (mais rien de comparable avec le Florentin), qu’il portait à la main droite. 

La précieuse pierre ne porta guère bonheur à son nouveau propriétaire Ludovic le More qui perdit plusieurs de ses enfants dans des circonstances tragiques demeurées inexpliquées et faillit mourir d’une dose de poison que lui administra son meilleur ami avant de se faire ravir son duché par les armées du roi de France. 

Il alla se jeter aux pieds du Saint-Père

C’est alors que, persuadé que cette pierre était maléfique, Le More décida de s’en séparer, mais, toujours machiavélique, il voulut ne la remettre qu’à l’un de ses nombreux ennemis.

Ludovico Sforza alla donc se jeter aux pieds du pape Alexandre VI, auquel il confessa ses crimes. La pénitence que lui proposa le Saint Père pour le rachat de ses péchés, fut que le duc lui remît le diamant, sans contrepartie, ce qu’il fit. Le successeur de saint Pierre était un homme prudent. Il pensa qu’en faisant retailler  le diamant, il cesserait de porter malheur à son propriétaire. Il choisit la taille en rose double. Ce fut ainsi, en toile d’araignée à neuf rayons, que le joyau demeura jusqu’à la Première Guerre mondiale. Informé de cette transformation, l’empereur d’Autriche Maximilien Ier, désireux lui aussi de posséder ce merveilleux diamant qui, s’il n’avait été volé au duc de Bourgogne lui eût appartenu*, offrit au pape de l’échanger contre le diamant porté en bague à sa mort par le Téméraire, et qui avait permis de l’identifier. 

Bien qu’Alexandre VI fut conscient de perdre beaucoup à ce marché, elle l’accepta afin de ne pas mécontenter le puissant Empereur. Tandis que le Florentin passait dans le coffre de la Maison d’Autriche, le diamant de la bague fut desserti et incorporé à la tiare papale. 

Pour d’autres, la pierre fut rapportée à Venise par le fameux voyageur Jean- Baptiste Tavernier (1605-1689), aventurier et négociant qui fit fortune dans le commerce des pierres précieuses. En tout cas Tavernier décrit la pierre, vantant “sa couleur magnifique et sa taille singulière : en rosette et en forme de poire, avec cent-vingt-six facettes”. 

Le diamant maudit fait toujours peur

diamantDurant trois siècles, le diamant qui faisait toujours peur, demeura au secret du trésor impérial. Ce fut François-Joseph, monarque très catholique et dénué de toute superstition qui ordonna, en 1848, de placer le beau diamant au centre de sa couronne. Dès ce moment, les maléfices attachés à la possession du “Florentin” ne cessèrent de faire des ravages. L’épouse de François-Joseph que cette pierre fascinait, la fit démonter afin de la garder à portée de sa main. Elle la prêta à son fils, l’archiduc Rodolphe lorsqu’il se rendit au tragique rendez-vous de Mayerling. Le prince désirait montrer le diamant à Marie Vetsera. 

La mort des amants

Après la mort des amants, dont les véritables circonstances restent controversées, c’est dans la main crispée de son fils que l’impératrice Elizabeth (Sissi) récupérera le diamant. Elle-même portait la pierre maléfique dans son sac à main, lorsque, ayant fui la cour, elle trouva la mort sur un quai de Genève, sous les coups d’un déséquilibré. 

François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche- Hongrie, fut lui aussi invinciblement attiré par le diamant fatal. Malgré les conseils de son épouse, il projeta de le faire retailler, mais son destin ne devait pas lui en laisser le temps. Le lendemain du jour où il avait pris cette décision, le 28 juin 1914, il fut assassiné à Sarajevo et la Grande-guerre commençait. François-Joseph mourut le 21 novembre 1916. L’archiduc Charles, époux de la princesse Zita de Bourbon-Parme, hérita du Florentin. Entre le 22 et le 25 octobre 1918, l’Autriche-Hongrie vola en éclats. Le nouvel empereur qui avait pris le nom de Charles Ier dut abdiquer et fuir en Suisse en compagnie de son homme de confiance, le baron Wenkmann, qui avait la garde de la cassette contenant les plus précieux bijoux de la famille. 

Quelques-uns de ceux-ci durent être vendus. Lemalheureux prince qui espérait encore  reconquérir son trône, eut une entrevue avec l’amiral Horty, le nouveau maître de la Hongrie, durant laquelle l’ex-empereur fut humilié sans rien obtenir de son interlocuteur. Charles rejoint alors son épouse qui, attendant un enfant, était demeurée en Suisse. 

On perd la trace du joyau

Ce fut à cette époque, afin de constituer un trésor de guerre qui permettrait au souverain détrôné une ultime tentative pour retrouver sa couronne, que le Florentin fut tout bonnement déposé au mont-de-piété de Genève ! 

Charles étant en très mauvaise santé, l’impératrice Zita tint à l’accompagner. L’expédition tourna à la catastrophe. Poursuivi par les séïdes d’Horty, le couple dut se réfugier au couvent de Tihany. Là, dans une simple cellule de moine, entouré de ses derniers fidèles, l’exempereur épuisé déclara qu’il avait eu tort de se servir du “Florentin” à des fins matérielles, et que le diamant se vengeait. Peu après, le proscrit mourait en exil à Madère où le couple impérial s’était retiré, et on perdit la trace du Florentin. 

Hitler et l’Anschluss

Puis ce fut 1937 et l’Anschluss. Dès son entrée dans Vienne, Hitler convoqua le chef des Nazis autrichiens, Seyss-Inquart, et lui ordonna de fouiller le trésor impérial afin de retrouver le célèbre diamant. A cette époque, le dictateur s’entourait volontiers de mages et d’astrologues. L’un d’eux, W. Knochenberg lui aurait prédit qu’il serait le maître de l’Europe s’il s’emparait de la prestigieuse pierre. A la suite de cette prédiction, le mage disparut. Les dictateurs détestent partager leurs secrets. 

diamant (2)Il sortira de sa cachette

Quant aux négociateurs envoyés en Belgique afin d’y rencontrer l’impératrice Zita, qui avait reçu l’autorisation d’y séjourner, ils se heurtèrent à une fin de non-recevoir. “Le Florentin, leur déclara-t-elle fièrement, ne sortira de sa cachette que lors du couronnement du prochain empereur d’Autriche-Hongrie.” Dans le monde très fermé des diamantaires, un bruit courait : le joyau ne se trouvait plus au Mont-de-Piété de Genève. Les suppositions les plus folles étaient avancées quant au lieu de sa cachette. 

Deux célèbres diamantaires : Williamson, le propriétaire des mines du Tanganyka et Oppenheimer, le patron de la compagnie De Beers, entrèrent en compétition pour retrouver et s’approprier le merveilleux diamant. L’un et l’autre lancèrent des limiers sur toutes les pistes possibles et imaginables. 

Celle qui paraissait la moins vraisemblable était peut-être la bonne. Elle partait de Paris où l’un des plus grands aventuriers de cette époque troublée, un de ceux en qui Charles Ier avait la plus grande et la moins méritée des confiances, un homme qui avait trafiqué avec les Allemands, fréquenté la rue Lauriston, connu Bonny et Laffont, et avait ses entrées avenue Foch, au siège de la Gestapo, quitta un jour son épouse.  

L’avion n’arrive pas à destination

Tapotant sa mallette, il lui dit qu’il emportait là de “l’histoire et des millions”. Cette fois encore, le Florentin, s’il s’agissait bien de lui, fit des dégâts. L’avion que prit l’aventurier n’arriva jamais en Italie. Ses débris furent repérés dans les Alpes françaises où l’appareil s’était abîmé. Mystérieusement avertie, sa femme accourut. Les gendarmes qui fouillaient les restes de l’avion ne trouvèrent pas la mallette que la femme de l’aventurier leur réclamait avec insistance. Et aucun autre cadavre que celui du pilote aisément identifiable. Par contre, des traces de pas qui s’éloignaient du lieu de l’accident, étaient nettement visibles dans la neige, mais les enquêteurs ne disposaient pas de chiens. 

C’est en vain que les enquêteurs suivirent cette piste qui, plus bas, en descendant vers la vallée se perdait dans la caillasse. Au moment où se poursuivaient les recherches en Savoie, l’appartement de l’aventurier disparu fut mystérieusement cambriolé en l’absence de son épouse. Fait curieux : les voleurs n’emportèrent que le testament du disparu. 

diamant

Une disparition inexplicable

Peu après cette disparition qui demeura inexplicable, d’étranges émissaires furent signalés à Kimberley, où vivait Oppenheimer, et à Mouadoui, résidence de Williamson. L’aventurier victime de l’accident d’avion n’ayant jamais reparu, les initiés prétendirent qu’il avait été assassiné et que ses meurtriers cherchaient à négocier la vente du diamant. Mais on dut en rester aux hypothèses. Saura-t-on jamais laquelle était la bonne, car les deux “rois” du diamant, moururent à quelques mois de distance, sans faire de confidences, en novembre 57 et janvier 58. Jusqu’au jour de leur décès, les deux célèbres diamantaires s’étaient livrés une guerre commerciale féroce. 

L’impératrice a-t-elle emporté le secret dans sa tombe ?

On se perdait en conjectures quant à l’endroit où se trouve aujourd’hui le Florentin. L’impératrice Zita, décédée en 1989, a-t-elle emporté son secret dans la tombe ? C’est peu probable, elle avait une telle conscience de la valeur du prestigieux diamant qu’elle aurait pris, en tout état de cause, toute précaution pour que la magnifique pierre revînt à son héritier légitime. Le Florentin serait-il en possession d’Harry Oppenheimer, héritier de son père, ou de Chand Chopra, un mystérieux Hindou, associé de Williamson, et qui avait la garde du trésor ?

Une chose est sûre, les tailleurs de diamants d’Anvers et d’Amsterdam vous diront que jamais une pierre de grande valeur n’a disparu définitivement. 

Ils attendent son retour sur le marché avec confiance, comptant les morts qui ont jalonné sa destinée depuis 1477, date de son baptême, et les mauvais sorts qu’il a semés sur son passage.

Certains prétendent que le joyau ferait aujourd’hui partie du trésor privé de la reine d’Angleterre ce qui expliquerait ses déboires actuels.

Source Marc Schweizer – Jacques Couderc

À propos de francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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Une réponse à “Prestigieux diamant : L’aventure du “Florentin””

  1. PICHS Dit :

    J’ai bien lu le mystère de ce superbe diamant »LE FORENTIN » qui a fait verser tant des larmes et aussi les miennes en lisant son histoire. Tout ce qu’on peut souhaiter, c’est qu’il ait lui aussi retrouvé sa source qui est la même que la nôtre et qu’en bout de course, il se soit transformé en lumière pure.

    Merci pour cette belle histoire vécue.

    SISSI.

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