Le Houx : Le pèlerin des jours sombres

12 janvier 2017

H - comme HERBES

Arbre de Noël par excellence, le Houx est lié aux jours sombres, aux tourbillons glacés de l’hiver. Il orne les tables des solstices dont il est le souverain attitré. Lui qui règne sur les jours décroissants, défie les rigueurs hivernales où il symbolise persistance et longévité. En cela, il est fort semblable aux conifères qui, comme lui, ne perdent pas leurs feuilles en hiver. A cette différence notable qu’il est, quant à lui, une plante à fleurs. Il n’est pas la seule d’entre elles néanmoins à porter des feuilles persistantes, loin de là. Mais il faut admettre toutefois que parmi elles, il demeure celui dont on garde les feuilles pour célébrer l’hiver. 

le houx

 L’hiver est une saison délicate pour la plupart des animaux et des plantes. Le gel tue. La neige égare. Le froid pousse quantité d’espèces à hiberner ou chasse certains oiseaux vers des terres plus clémentes. Ne perdant pas ses feuilles en cette saison, le Houx incarne le sage puissant, avançant prudemment dans la neige, couvert de ses fourrures, connaisseur des refuges nourriciers, des dangers des jours sombres et des moyens de les déjouer. C’est que le Houx est un stratège. Il suffit de contempler ses branches pour s’en convaincre. L’avez-vous remarqué ? Seules les branches basses portent des feuilles piquantes. Ce sont elles, en effet, qui sont le plus l’objet de la dévoration des herbivores qui trouveraient en elles une nourriture fort appréciée parce que rare en hiver. Les branches du haut arborent par contre des feuilles bien lisses, sans aucun piquant, car il est vrai que très peu de girafes parcourent les bois d’Europe. Cette stratégie porte le nom d’hétérophyllie et constitue un réel moyen de défense pour cet arbre.

Le Houx est donc bien davantage qu’un arbre des jours sombres. Il exprime la nécessité de s’y défendre. Quand les conditions sont moins favorables, que la nourriture vient à manquer, que les temps sont moins cléments, il faut bien se défendre. C’est cette défense que le Houx incarne. Le voyageur des terres hivernales garde lui sa dague, son coutelas, n’importe quoi. Pourvu qu’il puisse sauver sa peau. 

La médecine du Houx est celle de la survie. Dans les jours les plus sombres de nos existences, nous pouvons faire appel à sa sagesse et développer nos moyens de défense. Le Houx est un guerrier. Il n’est pas généreux de ses feuilles, ni de ses fruits (qu’il est d’ailleurs déconseillé de manger). Toutefois, il ne s’agit pas de dégainer contre tout et n’importe quoi, n’importe quand et n’importe comment. L’hétérophyllie du Houx est un moyen de défense sélectif, déployé sur des branches précises et à des fins précises. Avant de nous défendre, demandons-nous d’abord si le moyen envisagé est adapté et si la cause le vaut. Si le Houx enseigne la survie et l’autodéfense, en aucun cas il n’encourage l’agression gratuite, l’utilisation démesurée de moyens de défense, ni un combat stérile. On le voit, certaines plantes, témoignent de leur médecine à ceux qui savent ouvrir leurs yeux. Le Houx ne fait aucun mystère de ses aptitudes. C’est l’arbre du pèlerin s’aventurant sur les plaines hostiles. Et en cela, il est un allié puissant.

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le houx 3Un lieu planté de houx s’appelle une houssaie ou une houssière, avec le suffixe latin -etum, au féminin -eta et graphié -ey /-ay (masculin) ou -aye (féminin) qui sert à désigner un lieu planté d’arbres appartenant à la même espèce ou avec le suffixe -ière, suffixe de localisation à l’origine.

En France du nord (de langue d’oïl), ce nom est fréquent en toponymie pour désigner des communes et des lieux-dits avec diverses variantes : La Houssaye, La Houssoye, Houssay, Housseras, Housset, Houssière, Oussières…

En France du sud (de langue d’oc ou francoprovencale) et au sud du domaine d’oïl, on trouve des Agresle (en Brionnais), AigrefeuilleArfeuilArpheuillesGrandfuel (en Aveyron) ou Griffeuille (un quartier de la ville d’Arles), avec des graphies et des phonétiques plus ou moins francisées.

La particularité botanique du houx est d’être dioïque, c’est à dire qu’il y a des houx mâles et des houx femelles. Seules les formes femelles portent les fameuses baies décoratives si appréciées au moment de Noël. Les sujets mâles ont de belles feuilles dotées de piquants. Les sujets femelles ont des feuilles arrondies, mais les arbustes se couvrent de fruits. La fleur de houx n’étant pas particulièrement spectaculaire, il n’est pas évident de déterminer si la plante est mâle ou femelle. De plus, en magasin, l’information est rarement précisée. La solution la plus sure est d’acheter un sujet portant des fruits. Les fruits de houx apparaissent à la fin de l’automne et ne sont pas forcément rouges. Il existe des formes oranges, jaunes ou noires.

Attention, sauf pour certains cultivars (‘JC van Tol’, ‘Alaska’), il est donc nécessaire d’associer pieds mâles et femelles pour obtenir des fruits. 

Le houx contient dans son feuillage ainsi que dans ses fruits des alcaloïdes toxiques, notamment de l’ilicine. La consommation des fruits risque d’entraîner des vomissements et des troubles digestifs, voire, si la quantité est plus importante, des troubles neurologiques. Il faut veiller à ce que les jeunes enfants ne soient tentés de manger ces fruits souvent présents dans les maisons pendant les fêtes de fin d’année.

Toutefois, cette plante fut employée autrefois en médecine populaire, tant par voie externe pour son pouvoir résolutif (sous forme de cataplasmes de feuilles fraîches broyées) ou par voie interne pour son pouvoir fébrifuge (sous forme de décoction de feuilles ou de macération dans du vin). Dans certaines régions d’Europe, comme l’Alsace, de l’alcool blanc est produit à partir de fruits fermentés et distillés.

le houx 1L’écorce interne du houx servait à préparer la glu, substance visqueuse employée pour piéger les oiseaux.

Jacques-Christophe Valmont de Bomare décrit la prépération de la glu :

« Les Anglois font, de la maniere suivante, avec de l’écorce de houx la glu propre à prendre les oiseaux à la pipée. Au mois de Juin et de Juillet on pele une certaine quantité d’arbres de houx dans le temps de la sève, on jette la première écorce brune et on prend la seconde; on fait bouillir cette écorce dans de l’eau de fontaine pendant sept ou huit heures, jusqu’à ce qu’elle soit attendrie: on en fait des masses que l’on met dans la terre et que l’on couvre de cailloux, en faisant plusieurs lits les uns sur les autres, après avoir préalablement fait égoutter toute l’eau: on les laisse fermenter et pourrir pendant quinze jours ou trois semaines, jusqu’à ce qu’elles se changent en mucilage: on les retire et on les pile dans un mortier, jusqu’à ce qu’on puisse les manier comme de la pâte; après cela on les lave dans de l’eau courante, et on les pétrit pour enlever les ordures: on met cette pâte dans des vaisseaux de terre pendant quatre ou cinq jours, pour qu’elle jette son écume & qu’elle se purifie; ensuite on la met dans un autre vaisseau convenable, et on la garde pour l’usage. La meilleure glu est verdâtre, et ne doit point avoir de mauvaise odeur. »

« Comme les espèces de glu, notamment celle de houx qui passe pour la meilleure, perdent promptement leur force, & qu’elles ne peuvent servir à l’eau, on en a inventé une sorte particulière qui a la propriété de souffrir l’eau sans dommage. Voici comme il faut la préparer : joignez à une livre de glu de houx bien lavée & bien battue, autant de graisse de volaille qu’il est nécessaire pour la rendre coulante; ajoutez-y encore une once de fort vinaigre, demi-once d’huile & autant de térébenthine; faites bouillir le tout quelques minutes à petit feu, en la remuant toujours, & quand vous voudrez vous en servir, rechauffez-le: enfin, pour prévenir que votre glu se gèle en hiver, vous y incorporerez un peu de pétrole. Cette glu est non-seulement propre à prendre les oiseaux, mais elle sert aussi à sauver les vignes des chenilles & à garantir plusieurs plantes particulières de l’attaque des insectes »

Autres usages

·         Le bois de houx est un bois peu courant car il est rare que l’on coupe des arbres bien formés. C’est un bois néanmoins apprécié des maquettistes, des marqueteurs et des tourneurs, en particulier pour la fabrication des pièces blanches des jeux d’échecs. Il est dense, à grain fin et de couleur très blanche et relativement facile à travailler. Le plus célèbre objet en bois de houx est la canne de marche de Goethe, visible au musée de Weimar.

  • Grâce à ses fruits persistants durant l’hiver, le houx est une espèce précieuse pour certaines espèces d’oiseaux qui s’en nourrissent, comme les merles noirs, les grives et les pigeons ramiers.
  • Sa forme buissonnante est intéressante également pour former un couvert à gibier dans les bois.
  • Le houx, associé parfois au hêtre que l’on plessait, servait dans certaines régions de France à réaliser des haies de clôture naturellement infranchissables par le bétail.
  • L’élixir floral préparé à partir des fleurs du houx est connu sous l’appellation anglophone Holly. La méthode de préparation est l’eau florale ébullisée. Cet élixir est censé ré-harmoniser les états d’esprit négatifs tels la haine, la jalousie, la malveillance, l’envie, la suspicion, la cupidité, la vengeance.

Le symbole de Noël

le houx 2Les baies rouges nous rappellent la magie de Noël et le regard émerveillé des enfants. C’est d’ailleurs la plante la plus souvent représentée pour illustrer les fêtes de fin d’année. Mais le houx est intéressant au jardin tout au long de l’année. Persistant, résistant, il supporte le froid, les embruns et la pollution. Vert sombre ou panaché, baies rouges, oranges ou jaunes. Les branchages de houx avec leurs baies rouges sont largement utilisés en décoration au moment des fêtes de Noël. Le houx commun est parfois concurrencé dans cet usage par une espèce voisine, le houx verticillé (Ilex verticillata), originaire du nord-est de l’Amérique, aux baies rouges plus nombreuses et plus attrayantes.

Pour les chrétiens, le houx est en effet spécifiquement associé à la naissance de l’Enfant Jésus. Selon un des Évangiles, le roi Hérode chercha à massacrer les nouveau-nés juifs de la bourgade de Bethleem (la vraie, celle qui se trouve en Galilée) pour éliminer celui que les textes prophétiques annonçaient comme le roi des juifs, Marie, Joseph et l’enfant s’enfuirent en Égypte. Selon une légende populaire, à l’approche d’une troupe de soldats, ils se cachèrent dans un buisson de houx, qui, dans un élan miraculeux, étendit ses branches pour dissimuler la Sainte Famille derrière son épais feuillage épineux. Sauvés, Marie bénit le buisson de houx et souhaita qu’il restât toujours vert en souvenir de sa protection et comme symbole d’immortalité.

Langage des fleurs

  • Dans le langage des fleurs et des plantes, le houx est le symbole de l’insensibilité.

À propos de francesca7

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