Une histoire d’Olivier

12 novembre 2016

b - l'OLIVIER

 

Les civilisations qui ont successivement peuplé les bords de la Méditerranée ont toujours incorporé l’olivier au sein de leur société. Cet arbre légendaire a accompagné l’humanité pendant son évolution. Il procura des ressources pour la vie quotidienne, puis il s’intégra profondément dans la société en tant que donnée culturelle. Les symboles représentés par cet arbre permettent de mesurer l’impact culturel fondamental de l’olivier sur l’humanité. Selon les civilisations et l’époque, le symbole de l’olivier est interprété différemment. Cela dit, les notions de paix et de prospérité se dégagent parmi tant d’autres comme symboles récurrents de l’olivier.

OLIVIER

Des études biologiques réalisées par G. Camps en 1970 montrent que l’olivier sauvage existait au Sahara environ 11 000 ans avant notre ère. Les dernières analyses des pollens de différents arbres à feuillages caducs et dominants semblent montrer que ce changement climatique s’est développé environ 8 000 ans avant notre ère, au Sud-Est de l’Espagne, remontant lentement vers le Nord.

Selon les archéologues, la domestication de l’olivier aurait eu lieu environ entre 3800 et 3200 av. J.-C., soit il y a six millénaires. Des études archéo-biologiques et l’étude génétique des populations d’oléastres et des variétés d’oliviers montrent que la domestication s’est produite indépendamment dans plusieurs régions du bassin méditerranéen, et s’est très probablement réalisée sur une longue période.

Des recherches archéologiques montrent que l’on extrayait déjà l’huile dès le IVe millénaire av. J.-C. au Liban et à Chypre, ainsi qu’en Crète vers 3500 avant notre ère. Puis vers 1700 av. J.-C., la technique s’améliora et les premiers « pressoirs à arbre » simples apparurent à Ougarit (actuellement Ras Shamra en Syrie).

olivier 1Le commerce de l’huile apparut dès l’âge du bronze, et les Hittites d’Anatolie s’en procuraient sur la côte de l’Asie Mineure, alors que les pharaons d’Égypte et les rois de Mésopotamie en achetaient en Syrie. Dans les palais minoéens de Crète, l’huile était entreposée, en grande quantité, dans des vases appelés pithoi, et dans les palais mycéniens de la Grèce continentale, on a retrouvé de nombreuses jarres à huile et des tablettes écrites en linéaire mentionnant l’idéogramme de l’huile (élaion). C’est à ce moment-là que la déesse Isis est considérée comme la gardienne de la culture de l’olivier. Elle y enseigne notamment les bienfaits et les vertus de son huile. Ce commerce était très contrôlé, car l’huile était fortement liée au pouvoir économique et religieux.

Après une récession due à la disparition de plusieurs États orientaux vers 1200 av. J.-C., l’expansion démographique de l’âge du fer en Méditerranée entraîna la création de nombreuses colonies par les Phéniciens en Afrique du Nord (Carthage), et au sud de l’Espagne, ainsi que par les Grecs en Asie Mineure, dans les îles de la mer Égée, en Sicile, et dans le Sud de l’Italie et de la France (Marseille, Corse). Ils y importèrent leur culture de l’olivier et développèrent son commerce. Selon Pline l’Ancien, l’olivier était absent de l’Italie sous le règne de Tarquin l’Ancien (616 à 579 av. J.-C.). Au vie siècle av. J.-C. le magistrat et sage grec Solon promulgua des lois autorisant les Athéniens à faire le commerce de l’huile d’olive. Au ive siècle av. J.-C., Alexandre le Grand conquit la Méditerranée orientale, ainsi que l’Empire perse, et le commerce se développa encore plus.

Durant les siècles qui suivirent, face à la demande croissante d’huile pour l’alimentation, l’éclairage, les soins, ou les pratiques sportives et religieuses, on développa de nouvelles méthodes de production et on rédigea des manuels techniques, comme ceux du botaniste grec Théophraste, des agronomes latins Caton, Pline et Columelle (originaire d’Espagne), ainsi que du Carthaginois Magon. L’unification des pays riverains du Mare Nostrum par l’Empire romain facilita encore plus le commerce et la production, qui devint quasiment semi-industrielle dans certaines régions de l’Espagne et de l’Afrique du Nord, par la promulgation de lois comme la Lex Manciana au IIe siècle encourageant les plantations et l’irrigation dans les domaines impériaux.

La chute de l’Empire romain, l’extension du christianisme, puis de la civilisation arabo-musulmane entraînèrent un changement des modes de consommation, des zones de production et des circuits commerciaux. Génois et Vénitiens profitèrent des croisades pour développer un commerce actif et très fructueux avec l’Orient et donner une impulsion à l’oléiculture pour répondre aux nouveaux besoins créés par la fabrication du savon (apparu au ixe siècle) et l’apprêtage du textile.

À partir du xvie siècle s’ouvrit une ère d’expansion continue, qui va conduire l’olivier à son extension territoriale maximale, sous l’influence de la demande croissante, d’une société occidentale de plus en plus industrialisée, pour les savonneries, le Oliviertextile et la mécanique. Avec la découverte du Nouveau Monde, les Espagnols introduisirent l’olivier dans leurs anciennes colonies des Amériques, comme l’Argentine, le Mexique, le Pérou (en 1560), le Chili et la Californie. Et c’est au xixe siècle, lors de l’apogée de la démographie des campagnes et de la colonisation européenne, que l’olivier connut son extension maximale. Bien que la superficie des oliveraies ait diminué au cours du xxe siècle, les gains de productivité dans la culture des oliviers et l’extraction de l’huile ont conduit au quintuplement de la production mondiale d’huile d’olive entre 1903 et 1998.

Il n’est pas possible de connaître l’âge d’un olivier avec certitude. La dendrochronologie est extrêmement difficile à réaliser car l’olivier est un bois dur, dense, veiné et de croissance irrégulière, ce qui rend aléatoire l’individualisation et le comptage des cercles de croissance. L’âge d’un individu ne peut par conséquent qu’être une estimation basée sur des indices indirects — diamètre, aspect, documents historiques — qui se révèlent souvent peu fiables et amènent à des estimations parfois bien éloignées de l’âge réel.

À l’état naturel, lorsqu’un olivier vieillit, il produit des rejets appelés « souquets », à partir de sa souche, et, ainsi, ne meurt effectivement jamais de vieillesse. Le nouvel arbre qui le remplace n’est pas un autre olivier, mais un autre lui-même, une nouvelle expression du même génotype.

 

À propos de francesca7

Administratrice du forum LA VIE DEVANT SOI sur http://devantsoi.forumgratuit.org/

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